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SÉNÉGAL (2021-2024) : Le cri des victimes et l'urgence d'une justice face à l'oubli -

SÉNÉGAL (2021-2024) : Le cri des victimes et l’urgence d’une justice face à l’oubli

Sénégal : les victimes des événements de 2021–2024 dénoncent la lenteur du  traitement judiciaire de leurs dossiers

Entre 2021 et 2024, le Sénégal a vécu les pages les plus sombres de son histoire politique contemporaine. Aujourd’hui, alors que les nouvelles autorités ont bouclé leur première année de gestion, la question de la redevabilité et de la réparation reste une plaie ouverte. Entre promesses de réformes et lenteurs judiciaires, la société civile, portée par la RADDHO, exige des actes forts.

Un traumatisme national aux séquelles profondes

Les violences extrêmes qui ont jalonné la période 2021-2024 n’ont pas seulement laissé des cicatrices physiques. Le bilan est lourd : des dizaines de morts, des centaines de blessés et des milliers de détentions arbitraires prolongées.

Au-delà des drames individuels, c’est la cohésion sociale qui a été ébranlée. La confiance des citoyens envers les institutions, et singulièrement envers le système judiciaire perçu à l’époque comme un instrument de répression, est aujourd’hui à reconstruire intégralement.

L’aide financière : Un « pansement » qui ne remplace pas la justice

En janvier 2025, le gouvernement a posé un premier acte en débloquant une enveloppe de cinq milliards de francs CFA destinée à l’aide financière des victimes. Si cette mesure est saluée, elle est jugée insuffisante par les collectifs de victimes :

  • Indemnisation vs Réparation : L’argent ne peut se substituer à la vérité.
  • Impunité : Les auteurs des crimes n’ont toujours pas été formellement identifiés ni traduits devant les tribunaux.
  • Stagnation : Les réformes institutionnelles annoncées par le Chef de l’État lors de son discours du 3 avril 2025 peinent à se matérialiser sur le terrain.

L’offensive de la RADDHO : Vers une « Commission Vérité »

La Rencontre africaine pour la défense des Droits de l’homme (RADDHO) est sortie de sa réserve pour rappeler au Sénégal ses obligations internationales. L’organisation ne mâche pas ses mots : l’État doit garantir le droit fondamental à la justice.

Pour sortir de l’impasse, la RADDHO préconise une approche en deux temps :

  1. L’action judiciaire : Elle invite les victimes à saisir massivement les juridictions compétentes pour forcer l’accélération des procédures.
  2. La Justice Transitionnelle : L’organisation recommande la création d’une Commission Vérité et Réconciliation dédiée à la période 2021-2024. Ce mécanisme permettrait d’établir les faits, de favoriser le dialogue national et d’assurer des réparations globales (psychologiques, mémorielles et financières).

Le risque d’un déni de justice

Près de deux ans après l’alternance, l’absence de procès emblématiques commence à peser sur le crédit des nouvelles autorités. Pour les défenseurs des droits humains, une paix durable ne peut se construire sur l’amnésie. La réconciliation nationale est à ce prix : celui de la vérité brute sur les responsabilités, quel que soit le bord des coupables.

Le Sénégal se trouve à la croisée des chemins. Le défi du gouvernement est de concilier la stabilité politique actuelle avec l’exigence de justice pour les événements passés. Le risque, en temporisant trop, est de transformer la déception des victimes en une nouvelle source d’instabilité. La mise en place d’une Commission Vérité, comme suggérée par la RADDHO, pourrait offrir une « soupape de sécurité » permettant de dire la vérité sans nécessairement déstabiliser l’appareil d’État.

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