Le Conseil constitutionnel : le dernier refuge de la République
Il est des moments où les institutions cessent d’être de simples mécanismes juridiques pour devenir les gardiennes du destin national.
Le Sénégal traverse aujourd’hui l’un de ces moments.
Dans un pays où deux pouvoirs s’affrontent, où les compétitions de positions, les querelles de personnes et les rapports de force risquent de prendre le dessus sur l’intérêt général, une institution doit demeurer au-dessus de la mêlée : le Conseil constitutionnel.
Je veux saluer son rôle et interpeller solennellement le pouvoir judiciaire.
Le Conseil constitutionnel n’est pas un pouvoir politique parmi les autres. Il est le gardien de la Constitution, de l’équilibre des pouvoirs et des règles qui permettent à la République de survivre aux hommes qui la dirigent.
Montesquieu nous rappelait que « le pouvoir arrête le pouvoir ». C’est précisément la raison d’être des contre-pouvoirs.
Aujourd’hui, le Conseil constitutionnel doit pouvoir dire à chacun :
Vous pouvez gouverner, mais vous ne pouvez pas tout faire.
Vous pouvez légiférer, mais vous devez respecter la Constitution.
Vous pouvez contester, mais vous devez respecter les institutions.
Vous pouvez gagner une bataille politique, mais vous ne pouvez pas perdre la République.
Je salue donc son effort d’arbitrage et lui adresse un message : la République repose aujourd’hui, en grande partie, sur vos épaules.
Le Sénégal possède une histoire institutionnelle particulière. Des générations ont construit patiemment cette exception sénégalaise qui nous a permis de traverser des crises sans que la République ne soit emportée.
Ne détruisons pas cet héritage pour des compétitions de pouvoir ou des querelles de personnes.
Car lorsque la politique devient affrontement permanent, lorsque les autres pouvoirs sont pris dans la tempête, la justice doit rester le refuge du droit.
Le pouvoir judiciaire est aujourd’hui attendu.
Il ne doit être ni le juge d’un camp, ni celui d’un autre.
Il doit être le juge de la Constitution.
C’est peut-être l’un des derniers verrous qui nous séparent d’une crise institutionnelle plus profonde.
Mais cette crise doit aussi nous conduire à une réflexion plus large : le Sénégal a besoin d’une refondation de ses équilibres démocratiques.
Il faudra demain renforcer les verrous constitutionnels, clarifier les rapports entre les pouvoirs, mieux protéger les contre-pouvoirs et consolider les garanties démocratiques.
Car une démocratie ne se mesure pas seulement à la capacité d’une majorité à gouverner.
Elle se mesure à la capacité des institutions à empêcher que la majorité, l’opposition ou n’importe quel pouvoir ne puisse détruire la République.
Le pouvoir passe.
Les partis passent.
Les hommes passent.
La République doit rester.
C’est elle que nous devons transmettre.
Thierno Lo
Un Républicain Libre

