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Le Sénégal doit sortir du face-à-face des hommes pour revenir au débat de la République -

Le Sénégal doit sortir du face-à-face des hommes pour revenir au débat de la République

Le Sénégal doit sortir du face-à-face des hommes pour revenir au débat de la République

Les débats actuels au Sénégal sont révélateurs d’une chose : nous parlons beaucoup des hommes et pas assez de la République.

Diomaye, Sonko, Macky Sall, l’ancien système, le nouveau système… Mais derrière ces noms, il y a une question beaucoup plus importante : quel État voulons-nous construire et quel Sénégal voulons-nous transmettre ?

La relation entre le Président de la République et le président de l’Assemblée nationale est aujourd’hui au centre de toutes les interrogations. Ce qui doit nous préoccuper n’est pas leur relation personnelle, mais la manière dont les institutions fonctionnent.

La République ne peut pas être prisonnière des relations entre deux hommes.

Le Président gouverne. Le Parlement légifère et contrôle. La justice juge. L’administration exécute. Chacun doit exercer ses responsabilités dans le respect de la Constitution.

Un Parlement fort est indispensable à la démocratie. Mais un Parlement fort n’est pas un Parlement qui cherche la confrontation avec l’Exécutif. De même, un Exécutif fort n’est pas un Exécutif qui considère tout contrôle comme une hostilité.

La séparation des pouvoirs n’est pas une séparation des Sénégalais. Elle est précisément ce qui permet de vivre ensemble.

La vraie urgence est aussi économique

Pendant que nous nous disputons sur les hommes et les institutions, l’économie, elle, attend des réponses.

Le Sénégal possède des ressources considérables, notamment le pétrole et le gaz. Mais aucune ressource naturelle ne remplacera jamais une véritable politique de production et de transformation.

Notre souveraineté ne se mesurera pas seulement aux barils de pétrole ou aux mètres cubes de gaz que nous produirons.

Elle se mesurera à notre capacité à transformer nos ressources, créer des industries, développer nos PME, moderniser notre agriculture, relancer le tourisme, attirer l’investissement et créer des emplois.

Un pays ne devient pas souverain parce qu’il possède des ressources. Il devient souverain lorsqu’il sait les transformer en richesse et en bien-être pour sa population.

Le « Système » n’est pas notre ennemi

Je suis également en désaccord avec ceux qui présentent le « Système » comme le mal absolu.

Il faut distinguer le système institutionnel, qui est indispensable à l’État, des mauvaises pratiques qui peuvent s’y développer.

Une administration, des institutions, des hauts fonctionnaires, une justice, une diplomatie, une armée, des entreprises : tout cela constitue un État.

On ne développe pas un pays en détruisant ce qui existe.

On réforme. On corrige. On améliore. On transmet.

C’est pourquoi je refuse également cette tendance à nier systématiquement les compétences de ceux qui nous ont précédés.

Je peux être en désaccord profond avec une personne et reconnaître néanmoins son mérite.

Le Sénégal doit retrouver cette culture de la reconnaissance.

Un ancien ministre, un haut fonctionnaire, un militaire, un journaliste, un universitaire ou un entrepreneur qui a servi correctement son pays ne devient pas inutile parce qu’une nouvelle génération arrive.

La rupture ne doit pas être une amnésie.

Et l’opposition ?

L’opposition ferait une erreur en pensant que les difficultés du pouvoir suffiront à lui rendre le pouvoir.

Une alternance ne se gagne pas par l’attente de l’échec de l’autre.

Elle se prépare par des idées, une organisation, une crédibilité et surtout un projet capable de rassurer les Sénégalais.

Le pouvoir doit être jugé sur ses résultats. L’opposition doit être jugée sur sa capacité à proposer mieux.

C’est cela, la démocratie.

Et notre jeunesse ?

C’est finalement vers elle que nous devons regarder.

Nous ne pouvons pas continuer à lui offrir uniquement des combats politiques, des invectives et des promesses.

Elle veut une formation qui débouche sur un emploi, une économie qui crée des opportunités, un pays où l’on peut entreprendre et réussir sans être obligé de partir.

Notre jeunesse ne demande pas seulement à être mobilisée.

Elle demande à être préparée à construire.

C’est pourquoi le véritable débat de l’heure devrait être celui-ci :

Comment transformer le Sénégal en une économie productive, industrielle, compétitive et inclusive ?

Comment transformer notre pétrole, notre gaz, notre agriculture, notre pêche, notre tourisme, notre position géographique et notre capital humain en emplois et en prospérité ?

Voilà le débat que nous devons avoir.

Pour une République adulte

Je ne suis ni dans la haine de ceux qui ont gouverné hier, ni dans l’adoration de ceux qui gouvernent aujourd’hui.

Je suis du côté de la République.

Les hommes passent. Les majorités changent. Les gouvernements se succèdent.

Le Sénégal, lui, demeure.

C’est pourquoi nous devons sortir du face-à-face permanent des hommes pour retrouver le face-à-face des idées.

Notre Constitution n’est pas un arsenal que les uns utilisent pour bloquer les autres.

Elle est notre bréviaire du vivre-ensemble.

Et notre souveraineté ne doit pas être seulement un slogan politique.

Elle doit devenir une réalité économique, institutionnelle et culturelle.

Le Sénégal a suffisamment de talents, de ressources et d’expérience pour réussir.

Il lui manque surtout une chose : la capacité collective à dépasser nos querelles pour construire.

Thierno Lo
Un Républicain Libre

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