NÉCROLOGIE : Le Sénégal pleure Sény Awa Camara, la « Magicienne de la Terre » de Bignona

Le monde de l’art est en deuil. Sény Awa Camara, icône de la sculpture contemporaine et figure de proue de l’art africain, s’est éteinte à l’âge de 81 ans dans sa ville natale de Bignona. Celle qui transformait l’argile de Casamance en œuvres universelles laisse derrière elle un héritage monumental, exposé des cimaises du Centre Pompidou aux galeries de la Tate Modern.

Par Abdallah

Une vocation née dans le secret de l’argile

Née vers 1945 au sein d’une lignée de potiers, Sény Awa Camara n’était pas une artisane comme les autres. Si elle a appris les gestes ancestraux de sa famille, elle a très vite transcendé l’usage utilitaire de la poterie pour explorer le modelage sculptural. La légende raconte qu’elle créait ses pièces en cachette durant sa jeunesse, jusqu’à ce que sa mère ne découvre par hasard un véritable trésor de terre cuite dissimulé, révélant au grand jour un génie créatif brut.

De la Casamance aux sommets de l’art mondial

Pendant que son propre pays peinait encore à prendre la mesure de son talent, l’Occident s’extasiait devant ses « monstres » de terre et ses représentations mystiques.

  • 1989 : Le tournant majeur. Elle participe à l’exposition mythique « Les Magiciens de la Terre » au Centre Pompidou à Paris, acte de naissance de la reconnaissance de l’art contemporain non-occidental.
  • 2001 : Elle représente l’Afrique à la 49e Biennale de Venise, confirmant son statut de maître de la sculpture.

Ses œuvres, peuplées de maternités foisonnantes et de créatures hybrides, interrogent la spiritualité casamançaise et les mystères de la procréation. Elles résident aujourd’hui dans les collections les plus prestigieuses, de la Fondation Vuitton à Paris aux musées de Norvège.

Un ultime adieu à Manguiline

Sény Awa Camara s’est éteinte dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 janvier 2026. Elle a été inhumée le dimanche 25 janvier au cimetière de Manguiline, accompagnée par une foule d’admirateurs et de proches venus saluer une dernière fois celle qui a su, selon les mots du ministère de la Culture, « transcender la tradition pour ériger une œuvre universelle ».

Le départ de Sény Awa Camara est une perte immense. Elle était le pont entre le savoir-faire ancestral des femmes potières de la Casamance et l’art contemporain le plus pointu. Si sa reconnaissance a été tardive au Sénégal, le travail de valorisation entamé récemment par les autorités devra se poursuivre pour que la jeunesse sénégalaise se réapproprie l’œuvre de cette femme qui a porté haut les couleurs du pays sans jamais quitter sa simplicité originelle.

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