Justice pénale : le BEX de Dakar a recouvré plus de 58 millions FCFA en un an

Dakar – Longtemps considérée comme le maillon faible de la chaîne judiciaire, l’exécution des décisions pénales connaît un net regain d’efficacité au Sénégal. Au cœur de cette dynamique figure le Bureau de l’Exécution des Peines (BEX) du parquet de Dakar. Mis en place en janvier 2025, ce service spécialisé a permis de recouvrer 58 071 500 francs CFA au titre des amendes et dépens, en seulement une année d’exercice.
Coordonnateur du BEX, Babacar Beye, Substitut du Procureur près le Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Dakar, dresse un bilan qu’il qualifie de « globalement très satisfaisant ». « Le BEX a replacé l’exécution des décisions de justice au cœur du fonctionnement quotidien du parquet », souligne-t-il.
Redonner force à la décision de justice
Créé à l’initiative du Procureur de la République, Ibrahima Ndoye, le BEX répond à une carence structurelle longtemps décriée : l’inexécution ou le suivi défaillant des peines prononcées par les juridictions pénales. Emprisonnements fermes non exécutés, amendes jamais recouvrées, peines complémentaires oubliées… Autant de dysfonctionnements qui nourrissaient un sentiment d’impunité.
« Un parquet crédible est un parquet qui exécute ses décisions », avait martelé le Procureur Ndoye dès le lancement du bureau. Une vision traduite en actes par la mobilisation de ressources humaines et logistiques, avec l’appui ultérieur de la Direction des affaires criminelles et des grâces.
Un service spécialisé et centralisé
Le BEX est chargé d’assurer l’exécution effective des peines privatives et restrictives de liberté, le recouvrement des amendes et dépens, la mise en œuvre de la contrainte par corps, le suivi des sursis, ainsi que l’exécution des peines accessoires et complémentaires. Il centralise également les procédures liées aux accidents de la circulation, aux restitutions et aux intérêts civils.
Avant sa mise en place, la situation était alarmante. En 2022, seules 123 pièces d’exécution, représentant 42,1 millions FCFA d’amendes, avaient été transmises au parquet, sans véritable suivi. « Les dernières pièces reçues du greffe dataient de cette année-là », rappelle Babacar Beye.
Des résultats financiers probants
En un an, le BEX a traité 1 318 dossiers. Sur le montant global recouvré, 80,97 % proviennent du circuit court, contre 19,03 % pour les dossiers plus anciens. Les amendes représentent 73,22 % des sommes encaissées, tandis que les dépens comptent pour 26,78 %. Le seul mois de décembre 2025 a permis de recouvrer plus de 10 millions FCFA.
Au-delà des chiffres, le BEX a modifié les comportements. « Les condamnés comprennent désormais que la peine est inéluctable », observe le magistrat, évoquant l’exemple d’un justiciable ayant juré de ne plus jamais voler après avoir mesuré le coût réel de sa condamnation.
Des recettes publiques strictement encadrées
Babacar Beye tient à lever toute ambiguïté : aucune somme n’est manipulée par le BEX. Les paiements sont effectués directement auprès des agents du Trésor. Les amendes et dépens constituent des recettes publiques, dont 60 % sont reversés aux collectivités territoriales, le reliquat alimentant notamment le fonds commun des greffes.
Un outil contre l’impunité
Pour le coordonnateur du BEX, cette structure contribue à restaurer l’autorité de la chose jugée et à renforcer la crédibilité de la justice pénale. « Le BEX participe pleinement à la consolidation de l’État de droit », conclut-il, saluant l’engagement des magistrats, greffiers et agents mobilisés autour de cette mission.

