ÉCONOMIE : Vers une révolution laitière ? Mabouba Diagne veut économiser 75 milliards de FCFA d’importations

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Invité de l’émission « Le Jury du Dimanche » sur iRadio, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Mabouba Diagne, a tracé les contours d’une transformation radicale du secteur pastoral. Avec un poids économique dépassant déjà les 1 000 milliards de FCFA dans le PIB, l’élevage sénégalais est appelé à devenir un pilier industriel pour mettre fin à la dépendance laitière du pays.

Par Abdallah

Le paradoxe d’un secteur à 1 000 milliards

Le ministre a d’emblée rappelé une réalité souvent méconnue : l’élevage pèse plus lourd dans l’économie nationale que plusieurs industries extractives. À Dakar seule, 10 000 moutons sont abattus chaque semaine, témoignant de la vitalité de la filière viande. Pourtant, un déséquilibre majeur subsiste dans le secteur du lait.

Le Sénégal importe annuellement entre 65 et 75 milliards de FCFA de poudre de lait, soit l’équivalent de 900 millions de litres. Un gouffre financier que le ministre juge inacceptable : « Le Sénégal importe ce qu’il pourrait produire localement », a-t-il martelé.

La stratégie : 150 000 vaches à haute productivité

Pour atteindre la souveraineté laitière, Mabouba Diagne propose un plan de modernisation massif reposant sur l’amélioration génétique du cheptel :

  • L’objectif : Introduire 150 000 vaches laitières améliorées.
  • Le rendement : Passer à une production de 20 litres par jour et par bête.
  • L’impact social : La création de plus de 40 000 emplois directs et indirects.

Cette restructuration permettrait de bâtir une chaîne de valeur complète, de la collecte à la transformation industrielle, réduisant ainsi la sortie de devises.

Un appel à la diaspora et au privé national

Le ministre ne compte pas uniquement sur l’État. Il exhorte les investisseurs privés sénégalais et la diaspora à investir dans l’élevage industriel. Selon lui, la rentabilité est garantie à condition d’intégrer trois piliers :

  1. L’alimentation animale : Une agriculture dédiée au fourrage.
  2. La santé animale : Des services vétérinaires et d’insémination performants.
  3. Le Partenariat Public-Privé (PPP) : Un cadre solide pour sécuriser les investissements.

En chiffrant précisément le coût de la dépendance laitière, Mabouba Diagne place les investisseurs devant leurs responsabilités. Si le passage à l’élevage intensif avec 150 000 vaches de race est un défi logistique et écologique (gestion de l’eau et du fourrage), il représente l’unique voie pour que le Sénégal cesse de financer les éleveurs européens au détriment de ses propres producteurs. La réussite de ce plan dépendra de la capacité de l’État à sécuriser l’accès au foncier pour ces futurs complexes agro-industriels.

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