Burkina Faso : Entre aveux télévisés et doutes des observateurs sur un « énième » complot déjoué

Depuis plusieurs jours, la télévision nationale burkinabè diffuse des témoignages de civils et militaires affirmant avoir participé à un projet de déstabilisation de la junte. Si les autorités présentent ces faits comme une victoire de la sécurité nationale, de nombreux analystes pointent des invraisemblances et une possible opération de propagande.
Les faits reprochés
Le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, a annoncé qu’une action prévue le 3 janvier 2026 visait la « neutralisation » du capitaine Ibrahim Traoré. Le cerveau désigné est, une fois de plus, l’ancien président de la transition Paul-Henri Sandaogo Damiba, actuellement en exil. Le scénario inclurait des assassinats ciblés et le sabotage de la base de drones de Saponé.
Des « aveux » qui soulèvent des questions
Quatre suspects ont défilé à l’écran, mais leur récit peine à convaincre une partie de l’opinion :
- Le coût de l’opération : Un montant de 70 millions de FCFA (106 000 euros) en provenance de la Côte d’Ivoire est cité. Un chiffre jugé dérisoire par les experts pour renverser un régime, comparé aux milliards évoqués dans des affaires passées.
- L’absence de procès : Les observateurs soulignent qu’aucune des nombreuses tentatives de coup d’État annoncées depuis l’arrivée de Traoré n’a débouché sur une condamnation publique ou un procès transparent.
- Le timing : Les critiques y voient une méthode récurrente pour « raviver le soutien populaire » à un moment où la ferveur pro-junte semble s’essouffler à Ouagadougou.
Une guerre de l’information
Le régime est régulièrement accusé d’utiliser la désinformation pour consolider son pouvoir. Le rapport rappelle l’utilisation d’images détournées (Beyoncé, pape Léon XIV) en 2025 pour héroïser le chef de l’État. Pour Nina Wilén, de l’Institut Egmont, le narratif de ce coup d’État manqué est « très improbable » et s’inscrit dans une stratégie de survie politique face à l’enlisement sécuritaire dû aux violences jihadistes.

