Assemblée nationale : audition dense de Farba Ngom devant la commission ad hoc

L’examen de la demande de levée de l’immunité parlementaire du député Mouhamadou Ngom, dit Farba, a donné lieu à une audition particulièrement dense devant la commission ad hoc de l’Assemblée nationale du Sénégal. Entre explications personnelles, contestations procédurales et interrogations appuyées des commissaires, cette séance s’est imposée comme un moment clé dans l’appréciation du dossier.
Les travaux ont été dirigés par le président de la commission, Mohamed Ayib Salim Daffé, qui a rappelé d’emblée que l’audition du député concerné constitue une « exigence réglementaire garantissant le respect des droits de la défense ».
Téléphones en détention : explications et controverses
Déjà en détention au moment des faits, Mouhamadou Ngom a été convoqué par l’intermédiaire du ministère de la Justice. Il s’est présenté assisté d’un défenseur parlementaire, la députée Aïssata Tall.
Face aux commissaires, le député a reconnu être en possession d’un téléphone portable en milieu carcéral. Il a toutefois expliqué avoir introduit lui-même un appareil afin de « maintenir le contact avec sa famille, notamment via des appels internationaux ». Il a également soutenu qu’un second téléphone lui aurait été remis par un agent pénitentiaire, pointant ainsi du doigt d’éventuelles défaillances dans le contrôle interne de l’établissement.
Insistant sur le « caractère personnel » de l’usage des appareils, il a nié toute intention d’entraver la justice.
Contestations sur la régularité de la procédure
Une large part des échanges a porté sur la régularité des investigations. Mouhamadou Ngom a affirmé que certaines opérations, notamment l’exploitation de son téléphone, auraient été menées « sans la présence de ses avocats ».
Son conseil parlementaire, Aïssata Tall, a soutenu que la découverte d’objets prohibés relève en premier lieu d’un « régime disciplinaire interne » et ne saurait automatiquement déboucher sur des poursuites pénales sans clarification préalable des responsabilités au sein de l’administration pénitentiaire. Elle a également évoqué une possible « atteinte au secret des communications ».
Les commissaires ont, pour leur part, multiplié les questions sur la connaissance, par le député, du caractère strictement interdit des téléphones en détention. Plusieurs ont souligné qu’un parlementaire, en raison de sa fonction, est supposé maîtriser les règles applicables. Les débats ont aussi abordé la durée de sa détention provisoire ainsi que son état de santé, que l’intéressé juge « incompatible avec la détention ».
Immunité parlementaire : garantie ou obstacle ?
Au cœur des discussions, la question de l’immunité parlementaire a cristallisé les positions. Les intervenants ont rappelé qu’elle constitue une « garantie institutionnelle et non un privilège personnel ».
Si certains membres ont plaidé pour sa préservation afin de protéger l’indépendance du mandat parlementaire, d’autres ont insisté sur le principe d’égalité devant la loi, estimant que la gravité des faits allégués exige que la justice puisse poursuivre ses investigations sans entrave.
Une recommandation en faveur de la levée
À l’issue des délibérations, la commission a émis une recommandation majoritaire en faveur de la levée de l’immunité parlementaire. Les commissaires ont jugé les éléments « suffisamment sérieux pour justifier la poursuite de la procédure ».
Ce nouvel épisode illustre les tensions persistantes entre exigences judiciaires et protection des droits individuels des élus. La décision finale de l’Assemblée nationale s’annonce déterminante pour la suite de la procédure et pour l’équilibre institutionnel entre pouvoir législatif et autorité judiciaire au Sénégal.

