Affiniam : une crise foncière menace la paix sociale, la population interpelle l’État

Une vive tension couve à Affiniam, dans la commune de Mangagoulack (département de Bignona), où un conflit ouvert oppose une grande partie de la population à l’ancien bureau de l’Association pour le Développement d’Affiniam (ADA). En cause : la gestion jugée opaque du foncier et un projet d’aménagement controversé impliquant une coopérative privée. Les habitants appellent les autorités à intervenir d’urgence pour éviter une escalade.
La quiétude du village d’Affiniam est sérieusement mise à l’épreuve. Réunis récemment sur la place publique, les différents démembrements de l’Association pour le Développement d’Affiniam — sections locale, régionale (Ziguinchor), nationale (Dakar), diaspora, ainsi que des délégations de quartiers — ont exprimé leur vive inquiétude face à une situation qu’ils estiment explosive.
Au cœur du différend figure l’attribution de terres appartenant à des familles du village à une coopérative privée dénommée « Eronghène Etam », sans information préalable ni consentement des propriétaires. Selon les populations, les termes de référence de ce projet n’ont jamais été présentés à la communauté, alors même que des travaux de terrassement ont été engagés sur des rizières familiales.
Ces opérations, menées avec l’aval présumé de membres de l’ancien bureau de l’ADA et de certains délégués de quartier, ont été vécues comme une provocation de trop. « C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », confient plusieurs habitants, dénonçant une gestion unilatérale et conflictuelle des affaires foncières du village.
Élu à la suite d’une initiative portée par les jeunes après de multiples interpellations restées sans suite, le nouveau président de l’Association pour le Développement d’Affiniam, Joël Sagna, estime que l’ancien bureau a failli à sa mission. Il accuse ses prédécesseurs de refuser de reconnaître la volonté populaire et de bloquer le transfert pacifique des responsabilités.
« Si nous ne recevons pas une réponse rapide et constructive du Sous-Préfet, nous sommes prêts à porter ce dossier sans délai auprès de son supérieur, et si nécessaire jusqu’aux plus hautes autorités de l’État », a-t-il averti. Pour lui, il est inacceptable que le village reste « pris en otage par un groupe assoiffé de pouvoir, qui confond rôle de contrôle et gestion directe des affaires du village, au mépris de la cohésion sociale ».
La nouvelle équipe locale considère le projet en cours comme une tentative de confiscation pure et simple des rizières de plusieurs familles. Elle exige l’arrêt immédiat de tous les travaux, la transmission intégrale de l’ensemble des documents signés dans le cadre de ce projet, ainsi qu’une large concertation impliquant toutes les familles concernées.
De leur côté, les jeunes du village réclament la suspension totale des activités d’aménagement, conformément à la décision de l’Assemblée générale, un recensement officiel et notarié des parcelles, et la mise en place urgente d’une médiation impliquant les ministères de l’Agriculture et de l’Intérieur. Ils plaident également pour une sécurisation durable du foncier, à travers des titres individuels ou des délibérations communales, assortie d’une évaluation et d’une réparation des préjudices déjà subis.
Face au risque de troubles, un appel solennel est lancé aux autorités administratives, aux défenseurs des droits humains et à la diaspora affiniamoise, afin qu’une solution rapide et équitable soit trouvée. Pour les populations, l’enjeu est clair : préserver la paix, la justice foncière et la cohésion sociale dans ce village de la Basse-Casamance.

