Sauver la sous-région avant qu’il ne soit trop tard
Il fut un temps, au moment de la naissance de l’AES et de sa rupture avec la CEDEAO, où j’avais alerté. Non pas par posture, mais par conviction : aucun pays de notre sous-région ne peut, seul, assurer son développement et sa sécurité.
J’avais alors appelé à tout faire pour maintenir le lien, pour préserver l’essentiel : l’unité.
Aujourd’hui, nous payons le prix d’une approche dominée par le populisme, les slogans et une lecture superficielle des enjeux. Les questions de souveraineté, de monnaie ou de sécurité ne se règlent ni dans la précipitation ni dans l’émotion. Elles exigent de la méthode, de l’expérience, des entourages solides et une planification rigoureuse.
La réalité est là : aucun des pays de l’AES ne peut, seul, vaincre des groupes djihadistes lourdement armés et organisés. Laisser chaque État affronter isolément cette menace, c’est ouvrir la voie à une catastrophe sécuritaire et économique.
Pendant que nous nous épuisons dans ces combats fragmentés, d’autres acteurs avancent, exploitent nos ressources et profitent de nos divisions.
C’est pourquoi j’en appelle à une initiative forte du Président Diomaye Faye : aller au-delà des discours, engager une médiation active avec les pays de l’AES et renouer le dialogue avec des leaders influents comme Alassane Ouattara, en vue d’une réconciliation.
Il est urgent de repenser la CEDEAO, pour en faire une véritable organisation des peuples, capable de porter une réponse collective, notamment à travers une force militaire régionale appuyée par des partenaires stratégiques.
Ce qui se passe au Mali ne concerne pas seulement le Mali. Cela concerne le Sénégal, la Côte d’Ivoire, toute l’Afrique de l’Ouest. Si un maillon cède, toute la chaîne est fragilisée.
L’avenir de nos peuples et la préservation de nos ressources passent par une vision plus large : celle d’une Afrique unie. Mais en attendant cette ambition, sauvons nos ensembles sous-régionaux.
Il est temps de dépasser les illusions, de se méfier des concepts mal maîtrisés et de refuser le populisme. La première force d’un État reste son peuple uni autour de ses dirigeants.
L’histoire ne pardonne pas l’inaction. Regarder, c’est déjà subir.
Thierno Lo
Républicain Libre

