Affaire des cadeaux de luxe : le tribunal refuse de transformer une rupture amoureuse en affaire pénale

Une histoire d’amour longue de plusieurs années, un mariage finalement célébré avec un autre homme et des cadeaux d’une valeur estimée à plusieurs millions de francs CFA : l’affaire opposant l’homme d’affaires P. S. Ndiaye à son ancienne compagne A. I. W. Ba s’est terminée devant le tribunal des flagrants délits de Dakar.
La prévenue, poursuivie pour escroquerie et abus de confiance, avait été placée sous mandat de dépôt avant de comparaître. L’audience, initialement renvoyée pour permettre la comparution de la partie civile, a finalement été retenue lundi en l’absence du plaignant, qui ne s’est pas présenté.
À l’origine de la plainte, P. S. Ndiaye affirme avoir été victime d’une tromperie après avoir investi d’importantes sommes dans une relation qu’il croyait destinée au mariage. Selon son récit, leur relation aurait débuté en 2021 dans un cadre professionnel avant de devenir sentimentale.
L’homme d’affaires explique avoir multiplié les soutiens envers sa compagne : emplois, avantages financiers, logements, bijoux en or estimés à plusieurs dizaines de millions de francs CFA, véhicule, parcelles, argent destiné au pèlerinage des parents de la jeune femme, ainsi que divers documents et équipements.
Alors qu’il séjournait aux États-Unis, il dit avoir appris qu’A. I. W. Ba avait épousé un autre homme. Se considérant lésé, il aurait tenté plusieurs démarches amiables pour récupérer les biens offerts, sans succès selon lui.
À la barre, la prévenue a rejeté les accusations. Elle affirme n’avoir jamais réclamé les biens en question et soutient qu’il s’agissait de cadeaux librement consentis. « Je ne lui ai rien demandé. C’est lui qui me faisait des cadeaux », a-t-elle déclaré, évoquant des échanges qui, selon elle, confirmeraient ses propos.
Elle a également expliqué avoir attendu plusieurs années un mariage qui ne s’est jamais concrétisé, avant de décider de tourner la page. Selon elle, son ancien compagnon invoquait régulièrement des obstacles empêchant leur union.
Pour le ministère public, il fallait appliquer la loi. Mais la défense a estimé que les éléments constitutifs de l’escroquerie n’étaient pas réunis. Me Takha Cissé a notamment soutenu qu’aucune manœuvre frauduleuse n’avait été démontrée.
Son confrère Me Léon Patrick Sarr a dénoncé un « procès de la jalousie, de la vengeance et de la lâcheté », estimant qu’il ne fallait pas faire du tribunal le lieu de règlement d’un échec sentimental.
Après examen du dossier, le tribunal des flagrants délits de Dakar a suivi la défense et a relaxé A. I. W. Ba. La prévenue a été renvoyée des fins de la poursuite, sans peine ni dépens.

