À Fongoli, les chimpanzés du Sénégal réécrivent l’histoire de l’évolution humaine

Dans les confins brûlants du sud-est du Sénégal, une communauté de 35 chimpanzés défie toutes les lois de la nature. Sous l’œil attentif de la primatologue Jill Pruetz, ces primates uniques au monde utilisent des lances, fréquentent des grottes et se baignent, offrant un miroir saisissant de ce qu’ont pu être nos ancêtres il y a 7 millions d’années.
Un laboratoire de survie à 49°C
Contrairement à leurs cousins des forêts denses d’Afrique Centrale, les chimpanzés de Fongoli vivent dans un environnement de savane où le thermomètre frôle les 50°C. Pour s’adapter, ils ont développé des comportements inédits : ils se reposent dans la fraîcheur des grottes et utilisent des piscines naturelles pour se rafraîchir.
Mais la découverte la plus spectaculaire de Jill Pruetz concerne les femelles. Pour la première fois chez un animal non-humain, l’utilisation systématique d’armes a été documentée : elles taillent des bâtons avec leurs dents pour en faire des lances et chassent des petits primates (galagos) cachés dans les troncs d’arbres.
Un miroir de nos ancêtres
Pourquoi cette étude est-elle capitale ? Parce que la savane de Kédougou ressemble étrangement à l’habitat des premiers homininés.
« En observant ces chimpanzés, nous pouvons confirmer certaines hypothèses sur la manière dont les premiers singes bipèdes se comportaient », explique Jill Pruetz.
Leur capacité à transmettre ces techniques de génération en génération montre une intelligence sociale et technique qui interroge les racines mêmes de l’humanité.
La menace de l’or noir et jaune
Pourtant, ce patrimoine mondial est en sursis. Si les chimpanzés ont longtemps cohabité en paix avec les populations locales, la ruée vers l’or dans la région de Kédougou change la donne. Les mines artisanales et industrielles entraînent :
- Une déforestation massive de leur habitat.
- Une pollution de l’eau indispensable à leur survie.
- Un risque de maladies transmises par l’augmentation de la présence humaine.
Une équipe sénégalo-américaine sur le terrain
Le travail ne s’arrête jamais à Fongoli. Lorsque Jill Pruetz retourne enseigner au Texas, son équipe de chercheurs sénégalais prend le relais. Chaque soir, au campement, les nouvelles de la journée sont scrutées : que fait le jeune Pistache ? Comment évoluent les amitiés de Raffy ? Un suivi méticuleux qui permet à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de fournir des données cruciales pour la protection de la biodiversité nationale.

