Voici une réécriture de votre texte dans un style journalistique, plus fluide et accessible, tout en conservant le fond analytique :

Au Sénégal, les budgets parlent une langue étrangère à l’économie réelle
Un paradoxe discret, mais persistant, traverse de nombreuses économies africaines : les règles budgétaires héritées de modèles pensés pour des économies formalisées se heurtent à la réalité du terrain. Au Sénégal, comme ailleurs, une part majeure de l’activité échappe aux circuits officiels : transactions non déclarées, emplois informels, entreprises invisibles aux registres fiscaux.
Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), l’économie informelle représente près de 40 % du PIB sénégalais et plus de 80 % des emplois. Le Fonds monétaire international (FMI) confirme que, dans la sous-région, le secteur informel dépasse souvent 40 % du PIB, et peut atteindre 60 % dans les pays les plus pauvres. Autrement dit, une large portion de la richesse et du travail échappe aux radars fiscaux classiques.
Pendant ce temps, les recettes publiques plafonnent généralement entre 18 et 20 % du PIB en Afrique de l’Ouest. Quand l’État augmente ses dépenses pour financer infrastructures, santé ou éducation, l’écart se creuse automatiquement. Résultat : déficit chronique, dette en hausse et dépendance accrue aux marchés financiers ou aux bailleurs internationaux.
À l’international, le contraste est saisissant. Dans les pays de l’OCDE, l’économie informelle représente moins de 15 % du PIB en moyenne. L’Allemagne se situe autour de 10–12 %, la France à 12–14 %, les États-Unis entre 8 et 10 %. Ces pays disposent de systèmes d’identification complets, de registres d’entreprises exhaustifs et d’administrations fiscales technologiquement avancées.
Transposer ces modèles à des pays où quatre travailleurs sur cinq évoluent hors du formel produit un effet mécanique : l’État dépense comme si la base fiscale était large, alors qu’elle reste étroite et volatile. Les arbitrages deviennent inévitables : réduire l’investissement public, accumuler des arriérés ou augmenter la dette.
L’informel joue pourtant un rôle essentiel : il absorbe la main-d’œuvre, soutient la consommation et atténue les effets des ralentissements économiques. Mais il ne permet pas de financer durablement un État aux ambitions sociales élevées.
Forcer une formalisation brutale serait contre-productif : elle risquerait d’étouffer des milliers de micro-entreprises. La clé réside plutôt dans l’adaptation des outils budgétaires et fiscaux à la réalité du terrain : enregistrement simplifié, incitations graduelles, renforcement de la confiance entre administration et acteurs économiques.
Les déficits structurels africains ne sont donc pas qu’une affaire de dépenses excessives. Ils traduisent surtout un décalage entre des cadres budgétaires pensés pour des économies formalisées et des structures productives dominées par l’informel. Tant que cette discordance n’est pas reconnue, la gestion de la dette restera fragile et les politiques d’assainissement budgétaire risquent d’avoir des effets sociaux difficiles à soutenir.
Adapter la fiscalité et la planification budgétaire au contexte réel n’est pas une panacée, mais c’est un pas essentiel pour transformer durablement les équilibres économiques et sociaux du Sénégal.

