VIH au Sénégal : Le Dr Safiatou Thiam (CNLS) recadre le débat sur la « transmission volontaire »

DAKAR — Face à la multiplication des dossiers judiciaires mêlant mœurs et santé publique, la Secrétaire exécutive du Conseil national de lutte contre le Sida (CNLS), le Dr Safiatou Thiam, a pris la parole dans les colonnes du quotidien Le Soleil. Son message est un appel à la retenue, à la rigueur juridique et à la protection de la dignité humaine.
Par la Rédaction
Le débat sur la transmission du VIH au Sénégal prend actuellement une tournure sécuritaire et médiatique inquiétante. Pour le Dr Thiam, si la loi doit s’appliquer, elle ne doit en aucun cas servir de prétexte à une stigmatisation généralisée ou à des raccourcis judiciaires.
L’impossible preuve de l’intentionnalité ?
Le Dr Safiatou Thiam rappelle que la « transmission volontaire » est un délit reconnu par le code pénal sénégalais. Cependant, transformer une infection en condamnation pénale exige une démonstration rigoureuse que la spécialiste décline en trois piliers :
- La connaissance du statut : L’accusé doit avoir su qu’il était séropositif avant l’acte.
- Le lien biologique : Une expertise technique doit prouver que la souche du virus de la victime est identique à celle de l’accusé.
- L’intention de nuire : C’est le point le plus complexe. Il faut démontrer que l’acte visait délibérément à contaminer l’autre.
« On voit les gens parler de transmission volontaire sur la base de : « on l’a testé, il est positif, donc on le condamne ». […] C’est très compliqué à prouver », insiste-t-elle, rappelant l’importance de la présomption d’innocence.
Un climat de « panique » chez les personnes vivant avec le VIH
L’aspect le plus alarmant de cette actualité concerne l’impact social sur les 47 000 Sénégalais vivant avec le VIH. Le Dr Thiam alerte sur l’amalgame dangereux entre la maladie et les scandales liés à l’homosexualité.
- Peur de l’amalgame : Les patients craignent d’être stigmatisés par ricochet.
- Risque de rupture de soins : Le climat de tension pourrait pousser certains malades à se cacher et à abandonner leur traitement par peur d’être identifiés.
- Droit au secret : « Les gens qui ont le VIH ne veulent pas qu’on parle de leur maladie. C’est leur droit », rappelle-t-elle avec fermeté.
Protéger le patient pour protéger la société
Pour le CNLS, la lutte contre le Sida ne peut réussir que dans un environnement de respect des droits humains. Transformer le VIH en outil de polémique médiatique ou judiciaire risque de ruiner des décennies d’efforts de sensibilisation. Le Dr Safiatou Thiam conclut sur une nécessité absolue : replacer la dignité humaine au centre de la réponse nationale.

