Vers un commissariat de police à l’UCAD : Le Premier ministre Ousmane Sonko lance le débat sur la sécurité permanente

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La mort de l’étudiant Abdoulaye Ba, survenue le 9 février dernier, pourrait marquer un tournant historique dans la gestion sécuritaire des universités sénégalaises. Mardi dernier, le Premier ministre Ousmane Sonko a instruit le ministère de l’Intérieur d’étudier la création d’un commissariat de police au cœur même de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD).

DAKAR – C’est une annonce qui a fait l’effet d’une détonation sous la coupole de l’Assemblée nationale. Face aux députés, le chef du gouvernement a exprimé sa volonté de mettre fin au cycle de violence qui paralyse régulièrement le « temple du savoir ». L’idée : instaurer une force de sécurité pérenne là où, jusqu’ici, les interventions se faisaient par saccades, souvent dans l’urgence et la confrontation.

Rompre avec la gestion « réactive »

Le diagnostic d’Ousmane Sonko est clair : les interventions ponctuelles des forces de l’ordre, déclenchées après le début des troubles, sont souvent trop tardives et inadaptées. En implantant un commissariat à l’intérieur du campus, l’exécutif vise trois objectifs majeurs :

  1. La prévention : Détecter les signaux faibles et désamorcer les tensions avant l’embrasement.
  2. La protection : Sécuriser les infrastructures (pavillons, laboratoires, bibliothèques) souvent ciblées lors des émeutes.
  3. La continuité : Garantir que les enseignements et les examens ne soient plus interrompus par des jets de pierres ou de gaz lacrymogènes.

Entre soulagement et crainte de la « militarisation »

Si la mesure semble répondre à un besoin de stabilité, elle soulève un vent de méfiance sur le campus. La cohabitation entre l’uniforme et l’étudiant à l’UCAD est historiquement marquée par une profonde défiance.

  • Les partisans de la stabilité : Pour une partie des usagers cités par Le Soleil, la présence policière est le seul rempart contre l’insécurité grandissante et l’infiltration d’éléments extérieurs au campus.
  • Les sceptiques : De nombreux étudiants redoutent que cette proximité ne devienne une source de friction quotidienne. « Nous craignons que cela ne cristallise de nouvelles tensions », confie Pape Demba Baldé, étudiant à l’UCAD. Pour lui, voir la police en permanence pourrait être perçu comme une surveillance étouffante plutôt que comme une protection.

La question délicate des franchises universitaires

L’implantation d’un commissariat pose également un défi juridique de taille : celui des franchises universitaires. Traditionnellement, l’espace académique bénéficie d’une autonomie qui limite l’accès des forces de l’ordre à une demande expresse du Recteur. L’instauration d’une présence permanente obligera le gouvernement et les autorités académiques à redéfinir les protocoles d’intervention pour respecter l’équilibre entre liberté académique et sécurité publique.

Le ministère de l’Intérieur devra désormais plancher sur les modalités techniques et les effectifs nécessaires, alors que le climat reste particulièrement sensible depuis la réouverture partielle du campus social.

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