Thiès : le Sénégal lance un ambitieux programme de stockage horticole pour réduire les pertes post-récoltes

Le département de Thiès a franchi une étape majeure dans la stratégie nationale de souveraineté alimentaire. Ce mardi 17 février 2026, à Ngomène, dans la commune de Keur Moussa, trois membres du gouvernement ont procédé à la pose de la première pierre d’un vaste projet d’infrastructures de stockage et de conservation des produits horticoles.

La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre du Commerce et de l’Industrie, Serigne Gueye Diop, du ministre de l’Agriculture, Mabouba Diagne, et du ministre de la Microfinance, Alioune Dione. Ensemble, ils ont donné le coup d’envoi d’un programme présenté comme un levier décisif pour lutter contre les pertes post-récoltes, estimées entre 30 et 40 % de la production horticole nationale.

Un fléau économique de grande ampleur

Selon les autorités, l’absence d’infrastructures modernes de conservation et de chaîne du froid entraîne un manque à gagner évalué à près de 100 milliards de FCFA chaque année. Une situation d’autant plus paradoxale que le Sénégal importe parallèlement pour environ 67 milliards de FCFA de fruits et légumes.

« Nous continuons de perdre plus du tiers de nos récoltes », ont rappelé les ministres, soulignant que cette déperdition fragilise les revenus des producteurs et alourdit la facture alimentaire du pays.

Un déploiement national structuré

Le projet prévoit la construction de 10 entrepôts stratégiques répartis au sein des huit pôles territoires du pays. Ces infrastructures offriront un volume total de 900 000 mètres cubes d’espaces de stockage, avec une capacité de conservation estimée à 250 000 tonnes de produits horticoles.

Au-delà de la dimension technique, le programme ambitionne également de générer 2 300 emplois directs et indirects, contribuant ainsi à la dynamisation des économies locales.

Les zones de forte production, notamment les Niayes, seront au cœur du dispositif. L’objectif est d’installer des chambres froides modernes à proximité des bassins agricoles afin de prolonger la durée de conservation des produits, stabiliser les prix et mieux réguler les flux sur le marché national.

Vers un modèle économique durable

Aujourd’hui, faute de solutions de conservation adaptées, les producteurs sont contraints de vendre rapidement leurs récoltes, souvent à des prix peu avantageux, pour éviter leur détérioration. Cette pression accentue la volatilité des marchés et limite les marges bénéficiaires.

Grâce aux nouvelles infrastructures, les autorités espèrent transformer ce « cercle vicieux de pertes systématiques » en un « cercle vertueux de création de richesses nationales ». La modernisation de la chaîne logistique devrait permettre d’améliorer la qualité des produits, de réduire les importations et de renforcer la compétitivité de l’agriculture sénégalaise.

Un enjeu stratégique pour l’autosuffisance alimentaire

Au-delà de Thiès, ce projet s’inscrit dans une vision plus large de souveraineté alimentaire et de transformation structurelle du secteur agricole. Dans un contexte marqué par la hausse des coûts d’importation et les défis liés aux changements climatiques, la maîtrise de la conservation post-récolte apparaît comme un impératif stratégique.

Les autorités assurent que ce programme constitue une étape déterminante vers une meilleure valorisation des productions locales et une réduction durable des pertes. Reste désormais à concrétiser ces ambitions sur le terrain et à assurer une gestion efficace et pérenne des infrastructures annoncées.

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