Sursaut national : ne brisons plus nos élites, réarmons la République

Le constat devient aujourd’hui alarmant.
Après l’échec de la candidature d’Amadou Hott à la Banque africaine de développement, le refus de soutenir une candidature sénégalaise au poste de Secrétaire général des Nations Unies, le silence opposé à la démarche de Faouzou Dème pour l’Organisation mondiale du tourisme, voilà que s’ajoute le cri du cœur du Professeur Amadou Lamine Sall.
Homme de culture, figure respectée, héritier de l’école senghorienne, défenseur infatigable de la langue française, reconnu par ses pairs à travers le monde, il était plus que légitime pour porter les ambitions de la Francophonie. Pourtant, il renonce. Non pas par manque de compétence, mais face à un mutisme devenu insupportable.
Ce silence, notamment celui du Professeur Mary Teuw Niane, Directeur de Cabinet du Président de la République, est d’autant plus incompréhensible qu’il contraste avec l’image d’ouverture et d’écoute que l’homme incarnait auparavant. Ce mutisme n’est pas seulement une attitude : il est devenu un symptôme.
Un symptôme d’un mal plus profond.
Celui d’un système qui empêche les fils et filles de ce pays de perpétuer une tradition d’excellence au sein des grandes instances internationales. Celui d’une incompréhension grave du rôle de l’État : accompagner, soutenir, valoriser ses talents.
Mais le véritable drame est ailleurs.
Il se joue ici, au Sénégal.
Nous assistons à une dérive préoccupante : celle qui consiste à sanctionner, écarter ou combattre des Sénégalais non pas pour leurs compétences ou leurs actes, mais pour leur proximité supposée ou passée avec d’anciens dirigeants.
Comme si l’État devait changer de mémoire à chaque alternance.
Comme si servir la République hier devenait une faute aujourd’hui.
C’est une confusion grave.
Car il faut le rappeler avec force : les individus passent, mais les fonctions demeurent. On ne sert pas un homme, on sert un État. On ne doit pas juger un expert, un investisseur ou un intellectuel sur ses fréquentations passées, mais sur ce qu’il peut encore apporter au pays.
Faudra-t-il demain sanctionner tous ceux qui, aujourd’hui, travaillent avec les autorités actuelles ?
Faudra-t-il, à chaque changement, purger le pays de ses compétences ?
Si tel est le chemin choisi, alors nous organiserons nous-mêmes l’affaiblissement de notre nation.
Ce manque de discernement pénalise gravement le Sénégal. Il installe la peur, décourage l’engagement, et pousse les meilleurs à se retirer ou à partir.
Pire encore, certains collaborateurs de l’État, au lieu de servir la République, semblent davantage préoccupés à se servir eux-mêmes. Cette dérive est grave. Elle est dangereuse. Elle est inacceptable.
Il est temps que nos dirigeants s’arrêtent, se regardent dans le miroir de l’Histoire, et se rappellent une vérité simple : ils ne sont que des serviteurs de la République. Le peuple leur a confié une mission — assurer la continuité, consolider les acquis, corriger les insuffisances, et faire mieux avec les meilleurs d’entre nous.
Pas briser les élans.
Pas barrer la route aux talents.
Pas décourager l’excellence.
Car ce qui se joue aujourd’hui est plus profond.
Nous assistons à une forme de découragement collectif. À une résignation insidieuse. À une banalisation du populisme qui étouffe le débat, divise, nourrit la haine et éloigne notre jeunesse de l’exigence et du mérite.
Notre pays a besoin d’un réarmement moral et intellectuel.
Nous avons besoin de retrouver cette capacité à rêver grand, comme John F. Kennedy avait su le faire avec le peuple américain, en fixant un cap audacieux : conquérir la lune. Ce rêve avait uni, mobilisé et transcendé une nation.
Quel est aujourd’hui notre cap collectif ?
Nos diplomates, nos hauts fonctionnaires, tous ceux qui gravitent autour du pouvoir ont une responsabilité immense. Ils doivent penser à leur devoir, à leur crédibilité, à leur héritage. L’histoire administrative et diplomatique est faite de mémoire, et les regards de leurs pairs, aujourd’hui comme demain, seront sans complaisance.
Le Premier Ministre Ousmane Sonko n’est pas un citoyen ordinaire. Il engage la parole du Sénégal. À ce titre, il doit mesurer la portée de ses propos et de ses positions.
Le Président Bassirou Diomaye Faye, garant des institutions, doit veiller à l’équilibre, rappeler les règles, et s’assurer que la voix du Sénégal reste une, cohérente, audible et respectée.
Je ne parle ici ni en partisan, ni en opposant.
Je parle en Républicain libre.
Se taire face à ces dérives serait un manque de courage. Une démission. Une résignation. Ou pire, une peur intéressée.
Le Sénégal mérite mieux.
J’en appelle à un sursaut national.
Un sursaut de lucidité.
Un sursaut de responsabilité.
Remettons ce pays sur les rails.
Valorisons nos talents.
Réconcilions-nous avec l’excellence.
L’Histoire retiendra.
Le peuple jugera.
Thierno Lo
Républicain libre, citoyen du monde

