Souveraineté foncière au Sénégal : Vers une « sanctuarisation » de la terre pour les nationaux ?

Face à une spéculation immobilière galopante et à l’omniprésence des investisseurs étrangers, le débat sur la propriété foncière prend une tournure législative majeure. La proposition de loi portée par le député Tahirou Sarr soulève une question fondamentale : à qui doit appartenir la terre sénégalaise ?
Dakar, le 15 février 2026 – Se loger à Dakar est devenu un véritable parcours du combattant pour le citoyen moyen. Entre l’étalement urbain incontrôlé et la multiplication de complexes résidentiels de luxe, le foncier s’est transformé en un actif financier spéculatif, déconnecté des réalités sociales du pays. C’est dans ce contexte de tension que la proposition de loi visant à réserver l’acquisition de terres aux seuls citoyens sénégalais vient bousculer l’agenda politique et économique du pays.
Le foncier : entre ressource stratégique et logique marchande
Le texte déposé à l’Assemblée nationale ne se contente pas de proposer une réforme technique ; il prône un changement de paradigme. La terre n’y est plus vue comme une simple marchandise, mais comme une ressource stratégique indispensable à la souveraineté nationale.
- L’expansion étrangère : Le député Tahirou Sarr pointe du doigt une « appropriation » progressive des zones urbaines et rurales par des capitaux extérieurs, réduisant la disponibilité foncière pour les projets d’intérêt national et les ménages locaux.
- Le rôle de l’État : La loi appelle à une réaffirmation de l’autorité étatique pour réguler un marché où les logiques financières transnationales prennent trop souvent le pas sur les besoins fondamentaux en habitat.
Le phénomène des « Cités fermées » : Un urbanisme de l’exclusion
Symbole criant de cette dérive, les cités résidentielles fermées (gated communities) se multiplient dans la périphérie de la capitale. Ces enclaves privatisées posent des problèmes structurels majeurs :
- Planification urbaine entravée : Elles échappent souvent aux schémas directeurs d’aménagement, compliquant la gestion des infrastructures communes (routes, réseaux d’assainissement).
- Inégalités spatiales : En privatisant l’espace, elles réduisent les marges de manœuvre des autorités locales pour implanter des logements sociaux ou des services publics accessibles aux plus vulnérables.
- Inclusion sociale menacée : L’accès à la terre devient le premier marqueur de la fracture sociale, repoussant les populations locales toujours plus loin des centres d’activité.
La souveraineté foncière comme levier de gouvernance
Pour les partisans de cette loi, la souveraineté foncière est le garant de trois piliers essentiels du développement national :
- L’habitat durable : Assurer que les générations futures puissent accéder à la propriété sans subir les prix fixés par la spéculation internationale.
- La sécurité alimentaire : En zone rurale, protéger les terres agricoles contre la transformation anarchique en programmes immobiliers.
- La continuité des services publics : Préserver des réserves foncières pour les écoles, hôpitaux et infrastructures de transport dans des zones de plus en plus denses.
Un débat de société sur l’intérêt public
Le débat autour de cette proposition de loi illustre le rôle structurant du foncier dans la gouvernance du Sénégal. Il s’agit de trouver un équilibre délicat entre :
- L’attractivité économique et les investissements directs étrangers (IDE).
- La protection des populations et le maintien de la cohésion sociale.
Le foncier au Sénégal n’est plus seulement une affaire de géomètres ou de notaires ; c’est un terrain de lutte pour la justice sociale et la souveraineté. L’issue de cette proposition de loi déterminera si la terre sénégalaise restera un patrimoine accessible à ses enfants ou si elle se transformera définitivement en une valeur boursière réservée aux plus offrants.

