Questions d’actualité : Ousmane Sonko affiche ses divergences avec Diomaye et défend une gouvernance de rupture
L’Assemblée nationale a été le théâtre d’une séance de questions d’actualité particulièrement animée ce vendredi 22 mai 2026. Face aux députés, le Premier ministre Ousmane Sonko a livré une intervention offensive, mêlant engagements économiques, défense de la nouvelle loi sur l’homosexualité et critiques ouvertes sur certains choix du Président Bassirou Diomaye Faye.
Dans un contexte politique marqué par des tensions internes au sommet de l’État et une forte attente sociale, le chef du Gouvernement a tenté de réaffirmer la ligne de rupture portée par le régime issu de l’alternance de 2024.
Fonds politiques : Sonko assume un désaccord avec le chef de l’État
Le moment le plus marquant de cette séance reste sans doute la sortie du Premier ministre sur la question sensible des fonds politiques. Devant les parlementaires, Ousmane Sonko a publiquement reconnu une divergence majeure avec le président de la République.
« Le Président a fait une erreur concernant les fonds politiques et j’ai espoir qu’il revienne à la raison. Je ne suis pas d’accord avec lui sur cette question », a-t-il déclaré sans détour.
Le leader de PASTEF a rappelé que l’encadrement strict des fonds secrets constitue un engagement historique de son camp politique depuis plusieurs années. Selon lui, aucun fonds public ne devrait être géré sans mécanisme de contrôle.
Le Premier ministre a cependant précisé qu’il ne prône pas la suppression totale de ces ressources spéciales, mais plutôt leur supervision à travers un modèle inspiré de certaines démocraties occidentales, notamment la France.
« Nous n’avons jamais dit qu’il fallait supprimer ces fonds, mais il faut qu’il y ait un contrôle », a-t-il insisté.
Une fermeté assumée sur la nouvelle loi contre l’homosexualité
Autre séquence forte de cette séance : la défense musclée de la nouvelle loi sur l’homosexualité. Ousmane Sonko a promis une application « impartiale » et « rigoureuse » du texte adopté récemment.
« Ministre, président, ami ou autre… tout le monde est concerné », a martelé le chef du Gouvernement.
Dans un discours aux accents souverainistes, il a rejeté toute pression extérieure, visant notamment certains pays occidentaux qu’il accuse de vouloir imposer au Sénégal des pratiques contraires à ses valeurs culturelles et religieuses.
Le Premier ministre a également exclu toute possibilité de moratoire sur l’application de cette loi et averti que les autorités pourraient encore durcir les dispositions si cela s’avérait nécessaire.
Emploi des jeunes : des milliers de postes promis
Sur le front économique et social, Ousmane Sonko a tenté de rassurer une jeunesse confrontée à un chômage massif. Il a annoncé que la création d’emplois figurera parmi les priorités absolues de son gouvernement.
« Nous allons créer des milliers d’emplois pour les jeunes », a-t-il promis devant les députés.
Le chef du Gouvernement a expliqué que cette politique passera par une réorientation des priorités économiques de l’État et un soutien accru au secteur privé national. Il a notamment annoncé la préparation d’une future loi sur le patriotisme économique destinée à renforcer la place des entreprises sénégalaises dans l’économie.
Selon lui, cette stratégie vise à consolider la souveraineté économique du pays tout en maintenant l’ouverture aux investisseurs étrangers.
Énergie et subventions : le gouvernement tire la sonnette d’alarme
Durant cette séance, le ministre de l’Énergie, Birame Souleye Diop, a également alerté sur le poids croissant des subventions énergétiques dans les finances publiques.
Face à la hausse des prix internationaux du pétrole liée aux tensions géopolitiques, le ministre a révélé que les compensations accordées par l’État atteignent déjà 64 milliards FCFA.
Le ministre des Finances, Cheikh Diba, a pour sa part averti que le coût total des subventions pourrait dépasser les 1 000 milliards FCFA si la crise internationale persistait.
Le gouvernement envisage désormais un meilleur ciblage des aides afin d’éviter que les subventions ne profitent indistinctement aux ménages les plus aisés.
Justice financière : Yacine Fall critique les résultats du PJF
La ministre de la Justice, Yacine Fall, a elle aussi livré un diagnostic sévère sur le fonctionnement du Pool judiciaire financier (PJF).
Selon elle, les résultats obtenus dans la lutte contre les détournements de fonds publics restent largement insuffisants.
« Aucune affaire de détournement de deniers publics ou de blanchiment de capitaux n’a été jugée à ce jour », a-t-elle regretté.
La garde des Sceaux a annoncé une réforme du fonctionnement du PJF avec un relèvement du seuil de compétence à 500 millions FCFA afin de recentrer la juridiction sur les grandes affaires financières.
À travers cette longue séance parlementaire, le gouvernement a voulu afficher sa volonté de rupture et de fermeté sur plusieurs dossiers sensibles. Mais les déclarations publiques du Premier ministre sur ses désaccords avec le chef de l’État révèlent également des lignes de fracture qui pourraient peser sur l’équilibre du pouvoir dans les prochains mois.

