Rupture au sommet de l’État : Diomaye Faye limoge Ousmane Sonko après deux ans de pouvoir partagé
Le Sénégal vient de vivre un séisme politique majeur. Ce vendredi 22 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement mis fin aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko, scellant la rupture du tandem politique qui avait porté PASTEF au pouvoir en mars 2024 sous le slogan devenu mythique : « Diomaye mooy Sonko ».
L’annonce a été faite par le Secrétaire général de la présidence, Samba Oumar Bâ, à travers un décret présidentiel mettant également fin aux fonctions du gouvernement.
Cette décision spectaculaire intervient après plusieurs mois de tensions croissantes entre les deux hommes, longtemps présentés comme inséparables sur les plans politique, militant et personnel.
Une rupture devenue inévitable
Depuis plus d’un an, les rumeurs de désaccords entre les deux figures du pouvoir circulaient avec insistance. Malgré plusieurs tentatives d’apaisement, les divergences stratégiques et politiques semblaient devenir de plus en plus difficiles à contenir.
Au fil des mois, les désaccords ont progressivement quitté les coulisses du pouvoir pour s’exprimer publiquement, alimentant un climat de malaise au sommet de l’État.
La sortie particulièrement offensive d’Ousmane Sonko devant les députés lors des questions d’actualité à l’Assemblée nationale aura finalement servi de déclencheur final.
Acte 1 : le discours du « problème d’autorité »
Les premières fissures publiques étaient apparues dès le 10 juillet 2025, lors de l’installation du Conseil national de Pastef.
Ce jour-là, Ousmane Sonko avait surpris l’opinion en dénonçant ce qu’il qualifiait de « problème d’autorité » au sommet de l’État.
« Si nous continuons comme ça, c’est clair que nous n’allons pas durer au pouvoir », avait-il lancé devant les responsables du parti.
Le Premier ministre reprochait alors au président Diomaye Faye la lenteur dans la gestion de certains dossiers judiciaires et politiques liés aux événements survenus entre 2021 et 2024.
Cette sortie avait marqué un tournant dans les relations entre les deux dirigeants.
Acte 2 : le Téra-meeting et l’offensive contre les alliés
Quelques mois plus tard, le 8 novembre 2025, Ousmane Sonko organise un gigantesque rassemblement politique au stade Léopold Sédar Senghor.
Si le leader de Pastef avait officiellement rejeté les rumeurs de conflit avec Bassirou Diomaye Faye, il avait néanmoins multiplié les attaques contre plusieurs alliés du président.
Il s’était notamment opposé à la montée en puissance d’Aminata Touré dans la coalition Diomaye Président, réaffirmant que Pastef devait rester le centre exclusif du pouvoir politique.
Acte 3 : APTE contre Diomaye Président
La rupture stratégique devient plus visible en mars 2026 avec la création de l’Alliance patriotique pour le travail et l’éthique (APTE) autour d’Ousmane Sonko.
Cette nouvelle structure politique apparaît alors comme une réponse indirecte à la consolidation de la coalition présidentielle Diomaye Président.
Derrière cette bataille d’appareils politiques se cachait une divergence plus profonde sur la conduite du pouvoir.
D’un côté, Bassirou Diomaye Faye privilégiait une approche institutionnelle et diplomatique plus prudente ; de l’autre, Ousmane Sonko poussait pour une accélération radicale du « Projet » porté par Pastef.
Acte 4 : la bataille autour des articles L29 et L30
L’épisode de la modification des articles L29 et L30 du Code électoral a constitué un autre point de rupture majeur.
Les députés de la majorité parlementaire avaient pris l’initiative de réformer ces dispositions sensibles sans attendre l’aboutissement des concertations pilotées par l’exécutif.
Le président Diomaye Faye avait publiquement exprimé son agacement face à cette démarche qu’il considérait comme un contournement de l’autorité présidentielle.
Lors d’une interview accordée à la presse quelques semaines plus tard, il avait adressé un avertissement clair :
« Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Quand ce ne sera plus le cas, il y aura un nouveau Premier ministre. »
Acte 5 : le clash des fonds politiques
Le point de non-retour semble avoir été atteint ce 22 mai 2026.
Devant les députés, Ousmane Sonko a frontalement contesté la position du président de la République sur la question des fonds politiques.
« Le Président a fait une erreur concernant les fonds politiques », a-t-il affirmé publiquement.
Le désormais ex-Premier ministre a également révélé des échanges internes au sommet de l’État concernant ce dossier sensible, allant jusqu’à déclarer qu’il n’était « pas d’accord » avec les arguments avancés par le chef de l’État.
Quelques heures seulement après cette sortie, le décret présidentiel mettant fin à ses fonctions était rendu public.
Vers une nouvelle crise institutionnelle ?
Le départ d’Ousmane Sonko ouvre désormais une période d’incertitude politique majeure.
Avec une majorité parlementaire largement acquise à Pastef et à son leader historique, plusieurs observateurs s’interrogent sur les conséquences institutionnelles de cette rupture.
Le risque d’une confrontation entre l’exécutif et l’Assemblée nationale est désormais évoqué, tout comme l’hypothèse d’une dissolution de la législature dans les prochains mois.
La fin du tandem « Diomaye mooy Sonko » marque ainsi un tournant historique dans la vie politique sénégalaise et ouvre une nouvelle séquence dont les conséquences restent encore difficiles à mesurer.

