Plaidoyer pour un encadrement progressif des médias non formalisés au Sénégal
Par Hady Traoré – Expert en politiques publiques et fondateur du Think Tank « Ruptures et Perspectives »
Alors que le Sénégal s’engage dans une nouvelle ère de refondation institutionnelle, impulsée par le Président de la République et son Premier ministre Ousmane Sonko, une décision récente attire l’attention : la radiation annoncée de 381 organes de presse non formalisés. Une mesure justifiée dans son principe, mais qui mérite réflexion dans son application, tant elle pourrait influencer durablement le rapport entre l’État, les médias et les citoyens.
Une décision qui interpelle, dans un contexte de renouveau démocratique
L’élection du Président Bassirou Diomaye Faye a ravivé un espoir profond chez des millions de Sénégalais. Elle a été perçue comme une promesse de rupture, d’équité, de justice et de proximité entre les institutions et le peuple. Ce renouveau s’incarne dans une gouvernance qui se veut forte mais juste, ferme mais inclusive, décisive mais à l’écoute.
C’est précisément à la lumière de cette ambition que la question du traitement des médias non reconnus par le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) doit être abordée avec discernement.
La liberté d’expression : un fondement républicain à préserver
Le Président de la République n’ignore rien de ce que signifie être privé de parole. Lui-même a connu l’exclusion médiatique, la censure, et parfois l’humiliation. Cette expérience, unique parmi les chefs d’État contemporains, est précisément ce qui fonde l’appel à reconsidérer la radiation pure et simple de ces 381 organes de presse.
Il ne s’agit pas de défendre l’anarchie ni de protéger les diffuseurs de fausses informations. Il s’agit de mettre en place un mécanisme de régularisation progressif, équitable et transparent, qui permette à ces acteurs de se conformer à la législation tout en continuant à exercer leur mission : informer, alerter, et nourrir le débat démocratique.
Un moratoire encadré : une solution équilibrée
Dans cet esprit, l’instauration d’un moratoire temporaire, assorti d’un calendrier clair de mise en conformité, serait un signal fort envoyé à la fois à la presse et à l’opinion publique. Un tel geste incarnerait la sagesse de la gouvernance que prône le nouveau pouvoir, en démontrant que la République corrige avant de punir, accompagne avant d’exclure.
Une approche inclusive offrirait aux organes concernés la possibilité de :
- Se structurer légalement (statuts, rédactions, responsabilité éditoriale) ;
- Suivre des formations sur l’éthique journalistique ;
- Intégrer progressivement les normes imposées par le CNRA.
Une gouvernance qui se souvient de ses combats
La crédibilité de la nouvelle administration repose sur une mémoire vive : celle des épreuves endurées pour parvenir au pouvoir. Celles d’un peuple qui a résisté, d’un leadership qui a gardé sa dignité face aux tentatives d’effacement. Prendre en compte cette histoire, c’est éviter que des décisions administratives, aussi légitimes soient-elles dans leur intention, ne soient perçues comme des gestes de fermeture.
Un appel à gouverner avec justesse et vision
Ce plaidoyer n’est ni un acte de complaisance ni une opposition de principe. Il s’inscrit dans un devoir de vigilance républicaine, celui de protéger la liberté de la presse au Sénégal, tout en respectant les exigences de professionnalisation du secteur.
L’objectif n’est pas de renoncer à l’ordre, mais de l’atteindre par l’intelligence politique. À l’heure où le pays se reconstruit sur des bases nouvelles, une telle posture renforcerait la confiance dans les institutions et enverrait un message clair : le pouvoir ne se ferme pas, il élève.
L’encadrement progressif des médias non formalisés, plutôt qu’une exclusion brutale, serait conforme à l’esprit de justice et de réforme porté par le nouveau régime. C’est aussi une opportunité de moderniser le paysage médiatique tout en protégeant un pilier fondamental de toute démocratie : la liberté d’expression.

