PASTEEF AU POUVOIR : LE PARADOXE D’UN PARTI QUI S’OPPOSE À LUI-MÊME
Par Thierno LÔ – Républicain libre
Le plus grand paradoxe de notre époque politique est de voir le parti au pouvoir devenir sa propre opposition.
La gouvernance du binôme Diomaye–Sonko, issue d’un ticket inédit, plonge aujourd’hui la République dans une équation institutionnelle instable : deux têtes, deux légitimités, deux styles, mais un seul État.
De la conquête à la confusion
Pasteef a conquis le pouvoir avec une stratégie de rupture : « détruire pour reconstruire ».
Mais gouverner n’est pas combattre. L’exercice du pouvoir requiert cohérence, discipline et respect des institutions.
Or, une partie du parti refuse cette logique : elle veut diriger depuis la rue ou les réseaux, conteste les décisions du Président et revendique la primauté militante sur la légitimité constitutionnelle.
Les anciens ministres des finances et le devoir de vérité
Autre paradoxe : voir aujourd’hui les anciens ministres qui ont tenu la caisse de l’État se ranger derrière les nouvelles autorités et dénoncer des dérives financières… sans jamais désigner de coupables ni s’expliquer sur leur propre rôle.
Le silence de ceux qui savaient est une faute politique. La transparence n’est pas un slogan, c’est une obligation républicaine.
Un parti devenu entreprise politique
Pasteef fonctionne comme une société d’actionnaires :
• la diaspora, principal bailleur, attend ses dividendes politiques ;
• les jeunes réclament leur part du rêve révolutionnaire ;
• les cadres se partagent entre fidélité au Premier ministre et loyauté au Président.
Résultat : une gouvernance hésitante, des tensions internes et une confiance érodée.
Et pendant ce temps, les investisseurs attendent de voir si le pays est gouverné par la Constitution ou par le Comité directeur du parti.
2029, la prochaine fracture annoncée ?
Pour éviter la dislocation de leur majorité, il faudra trancher la question des ambitions croisées dès maintenant.
Que le gagnant des futures primaires soit soutenu loyalement par le perdant — et que ce pacte soit scellé avant l’échéance.
(Et si besoin, dites-moi à qui envoyer la facture de consultance…)
L’appel à la lucidité
Tant que le parti au pouvoir ne réglera pas ses contradictions, aucune stabilité ne sera durable.
Nos finances vacillent, nos banques s’inquiètent, nos entrepreneurs partent, et nos institutions se crispent.
Pasteef doit se regarder dans le miroir de la vérité : non pour se juger, mais pour se corriger.
Car la République n’appartient ni à un clan, ni à un parti : elle appartient à tous les Sénégalais.
Et l’histoire retiendra ceux qui auront servi l’État, pas ceux qui auront voulu s’en servir.

Par Thierno LÔ – Républicain libre

