Palais de la République : Le maire de Suelle, Nfally Badji, décline le « Ndogou » du Président Bassirou Diomaye Faye
C’est une fausse note dans l’unité affichée par la mouvance présidentielle. Alors que le Chef de l’État a convié l’ensemble des maires du parti Pastef à une rupture de jeûne (Ndogou) au Palais, Nfally Badji, édile de la commune de Suelle (Bignona), a opposé un refus catégorique, privilégiant les enjeux de développement aux mondanités protocolaires.
DAKAR – L’invitation présidentielle, qui se voulait un moment de communion politique et spirituelle en ce mois de Ramadan, s’est heurtée à la résistance d’un élu du Sud. Nfally Badji, par ailleurs enseignant-chercheur à l’UCAD, a choisi de marquer sa différence par une lettre ouverte aux accents de rappel à l’ordre.
« Des moyens, pas du sucre »
Pour le maire de Suelle, l’heure n’est pas aux réjouissances au Palais alors que les collectivités territoriales font face à des défis structurels majeurs. Dans sa missive, il exprime sans détour son désaccord sur la forme et le fond de cette rencontre.
« Je rappelle que les maires n’ont pas besoin de ndogou, mais plutôt de moyens conséquents pour améliorer la qualité de vie de leurs administrés », a-t-il martelé.
Nfally Badji estime que le statut de « premier magistrat » de la commune mérite une audience formelle inscrite à l’agenda républicain plutôt qu’une invitation à une rupture de jeûne collective, afin de discuter sérieusement de la situation du pays.
Un plaidoyer pour un « patriotisme de faits »
Au-delà du refus de l’invitation, l’enseignant-chercheur lance un avertissement à ses camarades de Pastef. Pour lui, l’accession au pouvoir ne doit pas diluer l’exigence de rupture prônée par le mouvement. Il appelle ses pairs à ne pas se contenter de « porter les couleurs du parti », mais à prouver leur engagement par des résultats concrets sur le terrain.
Cette défection, bien que minoritaire puisque la grande majorité des maires du parti devrait répondre à l’appel de Bassirou Diomaye Faye, révèle des attentes fortes au sein de la base territoriale du Pastef. Elle pose également la question de l’autonomie des élus locaux face à l’appareil central de l’État.
Cet incident diplomatique interne met en lumière les tensions entre la symbolique républicaine (le Ndogou au Palais) et les réalités de la décentralisation au Sénégal. Reste à savoir si ce coup d’éclat du maire de Suelle incitera la Présidence à réviser son mode de communication avec les élus locaux pour les mois à venir.

