Ngouda Fall Kane : « Il y a une réelle volonté politique de lutter contre la criminalité économique au Sénégal »
Ngouda Fall Kane, ancien inspecteur général d’État (IGE) et ex-directeur de la CENTIF (Cellule nationale de traitement des informations financières), a salué la décision de traduire cinq anciens ministres devant la Haute Cour de justice. Selon lui, il ne s’agit pas d’un simple coup de communication, mais d’un acte fort révélateur d’une volonté politique affirmée de lutter contre la criminalité économique et financière au Sénégal.
Une rupture dans la gestion des affaires publiques
Dans un entretien accordé au journal L’Observateur, Ngouda Fall Kane a souligné que la reddition des comptes est une exigence républicaine, qui doit s’exercer sans conflit d’intérêts. Il considère que la procédure actuelle marque une nouvelle ère :
« Ce n’est pas une opération de com. Ce qu’il faut saluer, c’est la volonté politique affichée pour combattre la criminalité économique. Quand on gère, on est obligé de rendre compte », a-t-il affirmé.
Il rappelle toutefois que la procédure judiciaire doit rester encadrée, reconnaissant que des dérapages peuvent survenir :
« Lorsqu’on constate des dérives dans la reddition des comptes, des poursuites judiciaires doivent suivre. Cela passe par l’ouverture d’informations judiciaires, dans le respect de la loi. »
La Haute Cour de justice : un processus constitutionnel
Concernant la traduction des ministres devant la Haute Cour de justice, Ngouda Fall Kane précise qu’il ne s’agit pas d’une forme d’immunité, mais d’une juridiction d’exception prévue par la Constitution sénégalaise.
« Ils sont soupçonnés, mais pas coupables. La présomption d’innocence demeure. L’Assemblée nationale demande leur mise en accusation, mais c’est à la justice de qualifier les faits. »
Il appelle à la transparence totale tout au long du processus afin d’éviter les procès d’intention ou les récupérations politiques.
Le Parquet judiciaire financier, un maillon longtemps attendu
L’ancien patron de la CENTIF s’est également félicité de la mise en place du Parquet judiciaire financier (PJF), une institution qu’il considère comme l’élément manquant dans le dispositif de lutte contre les crimes économiques.
« Depuis la création de la CENTIF en 2005, j’ai dénoncé les lenteurs judiciaires dans le traitement des dossiers de corruption. Aujourd’hui, c’est réglé. Le PJF fonctionne, les résultats commencent à tomber. »
Ngouda Fall Kane, aujourd’hui président de l’ONG Alliance contre le crime organisé actif (ACCA), salue les avancées récentes dans la lutte contre la délinquance financière, tout en insistant sur l’importance de la rigueur judiciaire, de l’indépendance des magistrats et du respect des droits fondamentaux.

