LITTÉRATURE : Mohamed Mbougar Sarr revendique une « indocilité » face au diktat du politique
Dans un entretien fleuve accordé au quotidien national Le Soleil ce vendredi 16 janvier 2026, le Prix Goncourt 2021, Mohamed Mbougar Sarr, livre une réflexion décapante sur la fonction de l’écrivain. Entre l’immédiateté des réseaux sociaux et l’omniprésence du discours politique, l’auteur de « La plus secrète mémoire des hommes » plaide pour une littérature qui bouscule, trouble et refuse de s’aligner sur le prêt-à-penser.

Par Abdallah
Dakar, le 17 janvier 2026 — Dans un monde saturé par les discours médiatiques et numériques, quelle place reste-t-il à la « conscience critique » de l’écrivain ? C’est à cette question complexe que Mohamed Mbougar Sarr a tenté de répondre. Pour le romancier, la littérature ne doit en aucun cas être confondue avec un « discours » au sens classique. Elle ne cherche pas à convaincre ou à diriger, mais à provoquer une rupture intérieure.
La littérature, l’art de la « secousse »
À la différence du politique qui utilise le langage comme un levier de pouvoir ou de gestion, la littérature, selon Mbougar Sarr, se situe ailleurs. « Elle serait plutôt du côté de l’art, de la création, du trouble, de l’émotion, d’un rire foudroyant, d’une secousse que vous devez sentir vous traverser », explique-t-il avec la précision chirurgicale qu’on lui connaît. Pour lui, l’œuvre littéraire doit rester cet espace d’incertitude et de liberté qui échappe aux cadres rigides de la communication moderne.
Le piège de « l’unique horizon »
L’écrivain ne cache pas sa fascination pour la chose publique, mais il pose une limite nette à son influence sur l’esprit humain. « J’aime la politique, je l’adore, elle me rend fou », confesse-t-il, avant de lâcher une sentence qui résonne comme un avertissement : « mais elle me rend bête, comme elle abêtit toujours quand elle est l’unique horizon existentiel et qu’on y réduit le monde. »
Pour Mbougar Sarr, le mantra contemporain « Tout est politique » est une vérité tronquée. Si la politique imprègne nos vies, elle ne saurait en être la totalité. L’écrivain met en garde contre cette réduction du monde qui finit par appauvrir la pensée et assécher l’imaginaire.
« Tout est politique, mais la politique n’est pas tout. »
L’engagement par le retrait
Loin de prôner l’indifférence, Mbougar Sarr redéfinit l’engagement de l’écrivain. Ce dernier ne doit pas être le commentateur servile de l’actualité brûlante. Au contraire, il réclame pour la littérature une « indocilité » fondamentale.
C’est précisément en se dégageant du « discours immédiat » — celui des réseaux sociaux, des polémiques instantanées et des slogans — que la littérature accomplit sa mission la plus haute. Pour le Goncourt 2021, cette distance n’est pas une fuite, mais une « forme suprême et exquise de politique ». Une manière de rappeler que la liberté de l’esprit commence là où s’arrête la dictature de l’urgence.

