LE SILENCE DES NATIONS, L’HYPOCRISIE ÉRIGÉE EN DOCTRINE

Je ne suis pas surpris.
Je suis meurtri.
Meurtri par le mutisme de nombreux États, y compris parmi ceux qui se réclament de l’islam ou des libertés démocratiques. Tous ont vu. Tous ont compris. Mais beaucoup ont choisi de se taire.
Certains par peur de représailles économiques.
D’autres pour préserver leurs régimes.
Beaucoup ont dénoncé du bout des lèvres, tout en enterrant le droit des peuples et les conventions internationales.
La communication officielle a été mobilisée pour travestir les faits, maquiller la réalité, et tenter de légitimer l’injustifiable. On ment, en sachant que l’on ment, et en sachant que le monde le sait.
Pendant ce temps, des jeunes cadres, des experts, des sachants préfèrent se taire, de peur d’être fichés, exclus ou écartés des circuits de la finance internationale et des grandes organisations.
Qu’ils se rassurent :
la vieille école parlera pour eux.
Celle qui ne demande rien aux puissants.
Celle qui ne réclame que justice et respect.
Car le vrai problème n’est pas la démocratie, ni les droits des femmes, ni les libertés publiques. Des pays sans élections ni libertés sont tolérés sans difficulté.
Le vrai problème est ailleurs :
l’indépendance des peuples, leur capacité à dire non, et le contrôle des ressources stratégiques.
On invoque les droits humains quand cela arrange.
On soutient des ingérences quand elles servent des intérêts.
On détruit des États au nom de la liberté, puis on abandonne les peuples au chaos.
La Libye, l’Irak, l’Afghanistan nous l’ont déjà appris.
Il est temps de dire que cet ordre international n’est pas fondé sur la justice, mais sur des rapports de force.
Il est temps de dénoncer l’hypocrisie des indignations sélectives et des silences complices.
Car l’histoire jugera ceux qui ont agi.
Mais elle jugera aussi ceux qui ont regardé… et choisi de se taire.
Thierno Lo
Président de l’Alliance pour la Paix et le Développement

