Justice : Vers une criminalisation de la « vente de l’état civil » au Sénégal

Face à la recrudescence des fraudes documentaires et du trafic d’identité, une proposition de loi vient d’être déposée à l’Assemblée nationale pour durcir radicalement les sanctions. Porté par le député Papa Tahirou Sarr, ce texte propose de transformer en crime des pratiques jusque-là souvent traitées comme de simples délits de faux.

Dakar, le 6 février 2026 – « L’état civil ne saurait être assimilé à une marchandise ». C’est par ce rappel de principe que s’ouvre l’exposé des motifs de la nouvelle proposition de loi visant à criminaliser la vente de l’état civil au Sénégal. Le texte, déposé par l’honorable député Papa Tahirou Sarr (XVème législature), ambitionne de protéger « le fondement de l’identité juridique » des citoyens et la souveraineté nationale contre des réseaux de plus en plus structurés.

Un fléau qui menace la sécurité nationale

Depuis plusieurs années, le Sénégal fait face à une prolifération de pratiques frauduleuses : établissement, falsification ou délivrance d’actes de naissance, de mariage ou de décès en contrepartie d’avantages financiers. Selon l’auteur de la proposition, ces dérives ne sont pas de simples infractions administratives mais constituent une menace grave à la sécurité juridique des citoyens, à la crédibilité de l’administration et à la protection de la nationalité sénégalaise.

Des peines de prison allant jusqu’à 15 ans

Le texte législatif propose une graduation sévère des peines pour dissuader les trafiquants et les agents corrompus :

Peines principales : Tout individu reconnu coupable de vente de l’état civil risque désormais entre cinq (5) et dix (10) ans de réclusion criminelle, assortis d’une amende pouvant atteindre 20 millions de francs CFA.

Circonstances aggravantes : Les peines sont portées à dix (10) ou quinze (15) ans d’emprisonnement et 30 millions de francs CFA d’amende si l’infraction est commise en bande organisée, si elle concerne des certificats de nationalité, ou si elle facilite l’immigration irrégulière, la fraude électorale ou des activités terroristes.

Cas des fonctionnaires : La sévérité maximale est appliquée lorsque l’auteur est un officier de l’état civil en fonction.

Tolérance zéro pour les complices

La loi ne s’attaque pas seulement aux vendeurs. Les intermédiaires, les complices et les bénéficiaires ayant sciemment participé à la transaction sont passibles des mêmes peines que les auteurs principaux. Des sanctions complémentaires sont également prévues, telles que la destitution définitive de la fonction publique pour les agents fautifs et la nullité immédiate des actes frauduleux.

Protection des lanceurs d’alerte

Innovation majeure de ce texte : l’institution d’une protection légale pour les dénonciateurs. Toute personne signalant de bonne foi des faits de corruption dans les centres d’état civil bénéficiera d’une protection contre toute forme de représailles.

Alors que des réseaux de faux documents sont régulièrement démantelés par la Police nationale — comme récemment à Marsassoum ou à Saint-Louis — cette proposition de loi marque une étape décisive dans la volonté du législateur de restaurer l’intégrité des archives nationales.

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