Journée mondiale de lutte contre le cancer : le Sénégal face au défi de l’équité sanitaire

Le Sénégal célèbre ce mercredi 4 février 2026 la Journée mondiale de lutte contre le cancer, au Centre antipoison de Fann, sous le thème « Unis par l’unique : regards croisés sur le cancer, du vécu à l’action ». L’événement, placé sous le signe du plaidoyer et de la mobilisation, souligne l’urgence d’agir contre une maladie devenue un véritable enjeu de santé publique dans le pays comme en Afrique de l’Ouest.
Présidant la cérémonie au nom du ministre de la Santé, le directeur général de la Santé, Pr. Ousmane Cissé, a rappelé que cette journée dépasse la simple commémoration et constitue un appel à l’action collective face au lourd impact humain, social et économique du cancer.
Des chiffres inquiétants
À l’échelle mondiale, près de 10 millions de décès sont attribués au cancer chaque année, dont plus de 70 % dans les pays à faible revenu. En Afrique, l’accès limité aux soins spécialisés, l’insuffisance des programmes de dépistage et le manque de personnel qualifié aggravent la situation. Selon l’OMS, plus d’un million de nouveaux cas et près d’un million de décès surviennent annuellement sur le continent.
Au Sénégal, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) recense 11 841 nouveaux cas et 8 134 décès chaque année. Les cancers les plus fréquents concernent le sein, le col de l’utérus, la prostate, le foie et l’estomac. La relance du Registre national du cancer (REXEN) en 2022 a permis de mieux documenter l’ampleur de la maladie : une collecte rétrospective a recensé plus de 30 000 cas, révélant une forte concentration à Dakar et Kaolack (41 %).
Des progrès encourageants… mais inégaux
Pour y faire face, le Sénégal a lancé le Plan stratégique national de lutte contre le cancer 2025–2029, doté de 80 milliards F CFA, axé sur la prévention, le dépistage précoce et l’amélioration de la prise en charge. Parmi les avancées :
- Gratuité de la chimiothérapie pour certains cancers, notamment du sein ;
- Gratuité de la morphine pour les soins palliatifs ;
- Subvention de la radiothérapie, dont le coût est passé de 700 000 à 150 000 F CFA ;
- Extension progressive des services de chirurgie et de chimiothérapie dans plusieurs régions.
Mais la couverture reste inégale : seules Dakar et Diourbel (Touba) offrent le paquet complet de soins (chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie), tandis que d’autres régions ne disposent que d’une prise en charge partielle.
Le défi des ressources humaines
Le déficit d’oncologues et de personnels spécialisés, surtout hors de Dakar, constitue un obstacle majeur. « La lutte contre le cancer repose sur trois piliers : les médicaments essentiels, les infrastructures et les ressources humaines de qualité », a souligné le Pr. Cissé, annonçant un renforcement de la formation en partenariat avec les universités nationales.
Prévenir pour sauver des vies
Les autorités sanitaires mettent la prévention au cœur de la stratégie : lutte contre le tabac et l’alcool, vaccination contre le papillomavirus humain (HPV), dépistage précoce et intégration des soins palliatifs dès le diagnostic. Pour l’OMS, le succès des politiques doit se mesurer au nombre de vies sauvées et de familles épargnées, plutôt qu’aux stratégies écrites.
Une responsabilité collective
L’édition 2026, sous le slogan « Unis par l’unique », valorise le vécu des patients, des familles et des soignants. Dans un contexte d’inégalités persistantes, la lutte contre le cancer au Sénégal reste un combat de longue haleine, nécessitant volonté politique, investissements durables et solidarité nationale et régionale pour préserver des milliers de vies.

