Inclusion financière et coût du crédit : Le diagnostic sans complaisance de François Sène (BCEAO)

Dans un entretien exclusif accordé au journal économique Lejecos ce lundi 12 janvier 2026, François Sène, Directeur National de la BCEAO pour le Sénégal, a dressé un état des lieux exhaustif du paysage bancaire. Entre progression de l’inclusion financière et persistance d’un coût du crédit jugé élevé, le patron national de la Banque Centrale livre des chiffres clés.
Une inclusion financière portée par la monnaie électronique
Le Sénégal enregistre des avancées notables en matière d’accès aux services financiers. Selon François Sène, le Taux de Bancarisation Élargi (TBE) a atteint 62,42 % en 2024, contre 59,7 % en 2022. Cette dynamique s’explique principalement par l’essor de la monnaie électronique et l’agilité des Fintechs qui complètent l’offre bancaire traditionnelle. Le taux de bancarisation strict, quant à lui, s’établit désormais à 24,15 %.
Qualité de service : Le client gagne souvent gain de cause
La digitalisation a amélioré la fluidité des services, mais la relation client reste un chantier majeur. François Sène révèle un chiffre encourageant : en 2023 et 2024, le taux de résolution des réclamations en faveur des clients a dépassé les 65 %. Toutefois, ce niveau élevé de médiation réussie traduit, en creux, des insuffisances réelles dans les dispositifs internes de traitement des banques.
Le Directeur National a rappelé que la Commission Bancaire de l’UMOA veille au grain, notamment via la Circulaire n°002-2020/CB/C, qui garantit aux déposants un droit de recours gratuit et diligent.
Coût du crédit : La réalité derrière les statistiques
Sur la question épineuse du coût des prêts, M. Sène apporte une précision technique : si les ménages ont le sentiment que le crédit est cher, les statistiques placent pourtant le Sénégal parmi les pays les moins chers de l’UMOA. En 2025, le taux débiteur moyen est tombé à 5,86 % au deuxième trimestre.
« La perception de la clientèle ne confirme pas la statistique car il s’agit d’une moyenne pondérée. Les taux appliqués aux ménages sont naturellement plus élevés que ceux accordés aux grandes entreprises », explique-t-il.
Vers une détente des taux
Pour soutenir l’économie, le Comité de Politique Monétaire de la BCEAO a décidé, en juin 2025, de baisser son principal taux directeur à 3,25 % (contre 3,50 %). Cette mesure vise à réduire le coût des ressources pour les banques commerciales et, par ricochet, à faciliter l’accès au financement pour le secteur privé sénégalais.

