Grand Théâtre : une note de service sur l’apparence féminine déclenche la controverse

Grand Théâtre : une note de service sur l’apparence féminine déclenche la controverse

Non, ce n’est pas une fiction. Et ce n’est certainement pas une pièce de théâtre absurde — quoique. Ce qui aurait pu prêter à sourire si ce n’était pas aussi préoccupant, c’est bien la note de service signée par le Directeur général du Grand Théâtre national du Sénégal, Serigne Fall Guèye. Le document interdit formellement à son personnel administratif… le port de greffages, de perruques, ainsi que la pratique de la dépigmentation (xessal).


Greffages, perruques, dépigmentation : une « croisade esthétique » ?

Selon le DG, cette interdiction vise à « préserver l’image culturelle et panafricaine » de l’institution. Une justification qui soulève immédiatement une série de questions juridiques, éthiques et sociales. Car aucune loi sénégalaise n’interdit la dépigmentation, encore moins le port de perruques ou de greffages.

Une directive sans fondement légal

Actuellement, seul le marketing des produits dépigmentants est encadré par la réglementation, mais leur usage personnel reste légal au Sénégal. Alors sur quelle base réglementaire une direction peut-elle restreindre ainsi les libertés individuelles de ses employées ?


Une surveillance du teint ? L’absurde en 4D

Faut-il désormais instaurer un suivi dermatologique des employés ? Les femmes déjà dépigmentées devront-elles « re-noircir » pour se conformer au règlement interne ? Un bureau du teint sera-t-il instauré pour veiller à la « bonne carnation » des agents ? Cette logique pousse à l’extrême une volonté de contrôle esthétique injustifiable dans un cadre professionnel.


La contradiction d’un discours sur la culture africaine

M. Guèye prône un retour à l’authenticité africaine, tout en apparaissant publiquement vêtu de costumes européens, chemises italiennes et nœuds papillon. Une certaine idée de l’africanité… sur-mesure. Si vraiment l’authenticité est le mot d’ordre, pourquoi ne pas transformer les bureaux en cases traditionnelles, à l’image de l’ancien maire de Thiès, Talla Sylla, qui avait remplacé son mobilier administratif par des nattes ?


Pourquoi toujours cibler les femmes ?

Cette directive soulève également une question de genre : pourquoi le contrôle esthétique concerne-t-il uniquement les femmes ? Rien n’est dit sur les cravates, chemises occidentales ou chaussures de luxe portées par les hommes. Le corps des femmes reste une fois de plus le champ de bataille idéologique où s’expriment des visions autoritaires de l’identité culturelle.


Une mission culturelle dévoyée

Le rôle d’un Directeur d’institution culturelle, c’est de soutenir la création artistique, promouvoir les talents, attirer le public et faire rayonner la scène nationale. Pas de légiférer sur les textures capillaires ou la pigmentation des employés. Ce diktat esthétique détourne le Grand Théâtre de sa mission première : faire vivre la culture, pas l’uniformiser.


La tentative de réguler l’apparence physique des femmes dans un espace professionnel n’a pas sa place dans une institution républicaine et culturelle. Plutôt que de jouer les policiers de la mélanine, la direction du Grand Théâtre devrait se recentrer sur l’essentiel : faire vibrer la scène, pas les têtes.

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