Gouvernance au Sénégal : L’analyste Ousmane Kane alerte sur une « confusion institutionnelle préoccupante »

Dans une tribune au vitriol intitulée « Président et Premier ministre au pied du mur », Ousmane Kane, ancien haut fonctionnaire international et juriste renommé, sort de sa réserve. Il livre un diagnostic sans complaisance sur ce qu’il qualifie de « dissonance » au sommet de l’État sénégalais, mettant en garde contre un risque d’instabilité institutionnelle majeure.

Un exécutif à deux têtes ?

Pour Ousmane Kane, le Sénégal traverse une période « inédite et profondément troublante ». L’analyste pointe du doigt un flou persistant dans la ligne de commandement. Selon lui, le pays assiste à une dualité de pouvoir entre le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre, Ousmane Sonko, dont les signaux seraient souvent contradictoires.

Le juriste rappelle une évidence constitutionnelle parfois oubliée dans le débat politique actuel :

« Quelle que soit la perception d’un Premier ministre présenté comme « super fort », la Constitution est claire : le Président de la République nomme le Premier ministre et peut mettre fin à ses fonctions. »

Le « Théorème de l’ambiguïté »

L’analyse de M. Kane souligne que cette confusion ne se limite pas à des détails de forme. Elle touche des dossiers de fond : loi d’amnistie, reddition des comptes, gestion du passé. D’un côté, une parole présidentielle mesurée ; de l’autre, un Premier ministre plus frontal qui affirme travailler « pour le peuple » et non pour le Président. Une nuance qu’Ousmane Kane juge « institutionnellement ambiguë ».

Pour l’expert en gouvernance, opposer le service du peuple à l’autorité présidentielle revient à créer deux centres de pouvoir concurrents, ce qui constitue, à ses yeux, une véritable « faute de gouvernance ».

Les conséquences d’un blocage prévisible

Ousmane Kane avertit que ce manque de clarté a un prix immédiat sur l’action publique :

  • Hésitations administratives : Une administration qui ne sait plus quel cap suivre.
  • Retards structurels : Des réformes sensibles sans cesse repoussées.
  • Érosion de la crédibilité : Un État dont la parole perd de sa force à l’échelle nationale et internationale.

L’appel à la responsabilité

Le verdict de l’ancien haut fonctionnaire est sans appel : le temps ne résoudra pas ce malaise. Il appelle l’exécutif à une clarification immédiate. Soit le sommet de l’État parvient à harmoniser sa ligne de commandement, soit il devra assumer l’échec d’une gouvernance restée dans l’ombre de l’ambiguïté.

« Le Sénégal ne peut se permettre une gouvernance confuse », conclut-il, rappelant que la stabilité historique du pays dépend de la cohérence de ses institutions.

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