Fête de l’indépendance : Thiès, symbole d’un tournant historique et du retour du “Programme Indépendance”

Le 4 avril 2026 s’annonce comme une date charnière dans l’histoire contemporaine du Sénégal. En choisissant Thiès pour accueillir le défilé civil et militaire marquant le 66e anniversaire de l’indépendance, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, pose un acte à forte portée symbolique et politique.
Au-delà d’un simple déplacement géographique, cette décision marque la relance d’un projet longtemps resté en suspens : le « Programme Indépendance », conçu il y a plus de deux décennies sous l’ère de Abdoulaye Wade.
De Dakar à Thiès : un choix stratégique
Traditionnellement organisée à Place de la Nation, la célébration du 4 avril est, pour la première fois, délocalisée vers la « Cité du Rail ». Une décision officialisée en Conseil des ministres et qui s’inscrit dans une vision plus large d’équité territoriale.
L’objectif affiché est clair : rapprocher les institutions des populations et faire des régions de véritables pôles de développement.
Dans cette dynamique, le chef de l’État a instruit le gouvernement, dirigé par Ousmane Sonko, de mettre en œuvre un Programme national de modernisation des infrastructures et équipements des chefs-lieux de région, baptisé « Programme Indépendance ».
Les pôles-territoires au cœur de la stratégie
Cette initiative s’inscrit dans une réforme plus large : la mise en place des pôles-territoires, considérés comme un levier de compétitivité et de développement durable.
Huit grands pôles sont ainsi envisagés (Dakar, Thiès, Centre, Diourbel-Louga, Sud, Sud-Est, Nord, Nord-Est), avec pour ambition de :
• décentraliser la croissance économique
• mieux planifier l’aménagement du territoire à l’horizon 2050
• valoriser les compétences locales dans des secteurs clés comme la santé, les infrastructures et l’environnement
Cette approche marque une nouvelle étape dans la politique de décentralisation, souvent annoncée mais rarement concrétisée.
Le souvenir du “4-4-44” : un projet avorté
Pour mesurer la portée de cette relance, il faut remonter à 2004. À l’époque, Abdoulaye Wade ambitionnait déjà de faire de Thiès la vitrine d’un Sénégal décentralisé à l’occasion du 44e anniversaire de l’indépendance.
Mais le projet, connu sous le nom de « 4-4-44 », s’était effondré dans un contexte de crise politique marquée par les tensions entre le président Wade et son Premier ministre d’alors, Idrissa Seck.
Accusations de malversations, rivalités politiques et scandales financiers avaient conduit au rapatriement précipité des festivités à Dakar. Le « Programme Indépendance » était alors relégué aux oubliettes, laissant un goût amer, notamment à Thiès.
Une “exhumation” aux enjeux majeurs
Plus de vingt ans après, le projet renaît dans un contexte différent. Cette fois, la délocalisation des festivités ne se veut pas ponctuelle, mais structurante.
Le pari du nouveau régime est ambitieux :
rééquilibrer le développement national en réduisant la forte concentration des richesses à Dakar et en dynamisant les régions.
Mais le défi est de taille. La réussite de cette édition 2026 sera scrutée comme un test grandeur nature de la capacité de l’État à :
• assurer la continuité des politiques publiques
• éviter les erreurs du passé
• inscrire durablement la décentralisation dans les faits
Thiès sous les projecteurs
À quelques jours de l’événement, Thiès se prépare à accueillir autorités civiles et militaires, corps diplomatique et populations venues de tout le pays.
Plus qu’une simple fête, ce 66e anniversaire de l’indépendance pourrait marquer un tournant décisif dans la manière de concevoir le développement territorial au Sénégal.
Le succès — ou l’échec — de cette édition servira de baromètre pour mesurer la capacité du pouvoir à transformer une ambition politique en réalité concrète.

