DOSSIER : Le Juge Dème attaque Ousmane Sonko pour « Rétention d’Information »

Près de deux ans après l’alternance de mars 2024, l’ancien magistrat Ibrahima Hamidou Dème a vigoureusement dénoncé, ce mercredi 28 janvier 2026, l’absence de rupture dans la gestion des deniers publics. Il annonce le dépôt d’une plainte pénale contre le Premier ministre et le ministre des Finances.
1. Le test de la Loi sur l’Accès à l’Information
Le juge Dème a voulu mettre à l’épreuve la loi n° 2025-15 du 4 septembre 2025, censée être une avancée majeure du régime de Pastef :
- La demande : Le 8 janvier 2026, il a adressé trois courriers (Présidence, Primature, Ministère des Finances) pour connaître le montant exact des fonds politiques alloués pour 2025 et 2026.
- Le but : Un but pédagogique. Montrer aux citoyens comment vérifier une information officielle plutôt que de spéculer.
- Le constat : Le délai légal de 15 jours francs est expiré. Aucune des trois institutions n’a répondu.
2. Une « Violation Délibérée » du Droit
Pour le président d’ETIC, ce silence administratif n’est pas une simple négligence, mais une faute politique et juridique grave :
- Mépris de la loi : Le gouvernement viole un texte qu’il a lui-même initié et promulgué il y a moins de six mois.
- Paradoxe de la désinformation : Le juge Dème souligne que l’État condamne les citoyens pour « fausses nouvelles » tout en créant lui-même le vide informationnel qui nourrit les rumeurs.
3. L’action judiciaire : L’article 30 en ligne de mire
Face à ce qu’il qualifie de « faillite des autorités », le magistrat a décidé de passer à l’offensive :
- Cible : Le Premier ministre, Ousmane Sonko, et le Ministre des Finances et du Budget.
- Infraction : Refus d’accès à l’information, prévue par l’article 30 de la loi sur l’accès à l’information.
- Exigence : La redevabilité comme « impératif catégorique » dans un pays où la pauvreté et le chômage restent alarmants.
Le juge Dème utilise ici une arme juridique redoutable que le pouvoir actuel a lui-même forgée. En se concentrant sur les fonds politiques, sujet ultra-sensible au Sénégal, il place le gouvernement devant une contradiction majeure : comment prôner le « Jub, Jubal, Jubanti » (Intégrité, Droiture, Redressement) tout en refusant de chiffrer les budgets discrétionnaires ? Si la justice donne suite à cette plainte, cela pourrait forcer l’exécutif à une transparence inédite dans l’histoire du pays.

