Crise scolaire : Mamadou Ndoye dénonce des ponctions salariales « opaques et punitives »

DAKAR — L’ancien ministre de l’Éducation nationale, Mamadou Ndoye, a jeté un regard critique sur le bras de fer actuel entre le gouvernement et les syndicats d’enseignants. Invité de l’émission « Le Grand Jury » sur la RFM ce dimanche 1er mars 2026, il a fustigé le manque de transparence du ministère des Finances dans la gestion des retenues sur salaires pour fait de grève.
Par la Rédaction
Si la loi autorise l’État à ne pas rémunérer les jours non travaillés, la mise en œuvre de cette mesure au Sénégal semble avoir dérapé vers une forme de « punition » injustifiée selon l’ancien secrétaire général de la Ligue démocratique (LD).
Le « flou » du ministère des Finances
Pour Mamadou Ndoye, le nœud du problème réside dans l’arithmétique utilisée par les services de l’État. De nombreux enseignants rapportent des coupes budgétaires qui dépassent largement le prorata des jours de débrayage.
« Cette ponction est vécue comme punitive parce qu’il n’est pas clair comment les calculs ont été faits. Certains ont calculé avoir fait grève tant de jours, et on leur a pris beaucoup plus que cela. C’est totalement anormal », a martelé l’ancien ministre.
Selon lui, cette opacité administrative est le moteur de la colère syndicale : « Il est légitime que les syndicats se rebellent contre de telles mesures. Le ministère des Finances ne peut pas entreprendre des coupes qui ne sont pas compréhensibles par les enseignants. »
Des acquis salariaux « grignotés » par la fiscalité ?
Mamadou Ndoye a rappelé que le corps enseignant avait obtenu des avancées significatives ces deux dernières années, apaisant temporairement le climat social. Cependant, il soupçonne une reprise d’une main de ce qui a été donné de l’autre.
L’ancien ministre s’interroge sur une éventuelle stratégie de l’État consistant à augmenter la pression fiscale pour compenser les revalorisations salariales passées. « Est-ce que le gouvernement est en train de grignoter à travers la fiscalité ? Est-ce qu’il remet en cause ces acquis ? Si c’est cela, évidemment, il y a un problème », a-t-il averti.
Un problème de méthode et de gouvernance
Au-delà de la comptabilité, Mamadou Ndoye voit dans cette crise un symptôme de mauvaise gouvernance. Pour lui, chaque fois qu’une mesure impactant le portefeuille du citoyen manque de clarté, elle génère une crise de confiance profonde.
Il appelle donc le gouvernement à sortir de cette logique de confrontation pour privilégier le dialogue et, surtout, la pédagogie dans l’application des règles administratives. Sans une clarification rapide des calculs de ponction, l’année scolaire 2025-2026 risque de s’enfoncer davantage dans l’incertitude.
Mamadou Ndoye, fort de son expérience à la tête du ministère de l’Éducation, rappelle que la paix sociale dans l’espace scolaire est un équilibre fragile. En pointant du doigt les pratiques du ministère des Finances, il renvoie la balle dans le camp des autorités, les sommant de justifier mathématiquement des mesures qui, pour l’heure, ressemblent à des sanctions déguisées.

