Babacar Gaye nous rappelle une vérité essentielle : une Nation ne progresse pas en piétinant ses légendes

Je partage entièrement cette lettre, dans son fond comme dans son souffle. Et je voudrais, avec la même exigence de langage et la même fidélité à l’histoire, en souligner une leçon essentielle que nous, Sénégalais, devons enfin regarder en face : un pays ne progresse pas en abîmant ses élites. Il se grandit en les assumant, en les encadrant, en les respectant même quand elles dérangent.
Nous avons un défaut collectif dangereux : celui de vouloir tuer symboliquement nos compatriotes dès qu’ils excellent, dès qu’ils dépassent la moyenne, dès qu’ils incarnent une singularité forte. Or aucune nation sérieuse ne s’est développée sans accepter des élites dans tous les domaines : sport, culture, science, économie, pensée.
Oui, les Lions ont tout donné. Oui, le patriotisme est largement partagé dans ce pays. Mais tous les patriotes ne se ressemblent pas. Certains aiment dans le silence, d’autres dans la fougue. El Hadji Ousseynou Diouf, quels que soient son tempérament et ses excès parfois, s’inscrit dans la lignée de ces hommes entiers qui aiment leur pays sans calcul. Il est un gagneur. Il aime l’équipe nationale. Il aime le Sénégal. Et il a le courage de dire ce qu’il pense, sans se cacher.
Il aurait pu être consultant ailleurs, loin des polémiques locales. Il a choisi de rester attaché à son pays. Cela mérite au minimum le respect.
Défendre Diouf, ce n’est pas attaquer la Fédération. Nous avons tous félicité la Fédération. Moi-même, devant mon groupe de presse, j’ai affiché un panneau avec la photo de Sadio Mané et de ses coéquipiers, avec les remerciements du peuple et les félicitations à la Fédération. Nous lui avons aussi manifesté notre solidarité face aux menaces de sanctions injustes qui pèsent sur notre équipe nationale.
Ce que Diouf a dit dépasse les régimes et les hommes. Il a parlé de respect des engagements et de continuité de l’État. Dire la vérité n’est pas un crime. Dans une République mature, la vérité ne se sanctionne pas, elle s’écoute.
Ne tuons pas nos icônes. Ne brisons pas ceux qui ont porté notre drapeau quand nous n’existions pas encore sur la scène mondiale. On ne construit pas l’avenir en humiliant la mémoire vivante.
Comme le dit l’Écriture :
« Que celui d’entre nous qui est sans péché lui jette la première pierre. »
Dire la vérité.
Assumer nos élites.
Élever le débat.
C’est aussi cela, aimer le Sénégal.
Thierno Lo
Un Républicain Libre

