Affaire Farba Ngom et Tahirou Sarr : Le magistrat Ousmane Kane fustige un « désordre institutionnel »

C’est un pavé dans la mare judiciaire. Interrogé par le quotidien L’Observateur, le magistrat à la retraite Ousmane Kane, ancien président de la Cour d’appel de Kaolack, a porté un regard très critique sur la procédure visant Farba Ngom et Tahirou Sarr. Entre incohérences juridiques et soupçons de discrimination, il dresse un constat sévère de l’état actuel de la reddition des comptes.
Une équation juridique impossible
Pour le juge Kane, la situation actuelle est tout simplement « abracadabrante ». Son interrogation centrale repose sur la nature des fonds incriminés. Si la justice a accepté de libérer Tahirou Sarr au motif que ses créances sur l’État étaient légitimes, comment peut-elle maintenir Farba Ngom en cellule pour avoir reçu ces mêmes fonds ?
« Comment l’argent propre de l’un peut-il devenir subitement sale lorsqu’il entre dans le patrimoine de l’autre ? », s’interroge-t-il, pointant une contradiction qui, selon lui, fragilise toute l’accusation.
Trois dérives majeures dénoncées
Le magistrat à la retraite identifie trois failles qui transforment cette procédure en un « véritable gâchis » :
- La procédure inversée : Il déplore que des mandats de dépôt aient été délivrés sur la base de simples soupçons de la CENTIF (Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières) avant même que les mis en cause ne puissent se justifier.
- Le désordre institutionnel : Le juge d’instruction a ordonné des libérations alors qu’un recours était encore devant la Cour suprême, brisant ainsi la « courtoisie judiciaire » nécessaire à la cohérence des décisions.
- Le « non-lieu » déguisé : En motivant la libération par l’absence de caractère délictueux des faits, le juge délivre un « certificat d’honorabilité » qui vide le dossier de son sens pénal.
L’ombre de l’exécutif sur le parquet
Plus grave encore, Ousmane Kane s’inquiète d’un traitement discriminatoire à l’égard de Farba Ngom. Il suggère que le maintien du député-maire en détention, contrairement à son co-inculpé, pourrait être influencé par des déclarations publiques du Premier ministre Ousmane Sonko.
Le magistrat regrette que la justice sénégalaise continue de souffrir de « liens de soumission » entre le ministère public et le pouvoir politique, au détriment de l’équité des citoyens devant la loi. Selon lui, cette affaire pourrait marquer la fin de la crédibilité de la politique de reddition des comptes si ces incohérences persistent.

