Affaire du terrain de la Cité Mourtalla : le point de vue de l’homme d’affaires Moustapha, qui accuse Mouhamed Aly de manipulation
L’affaire opposant l’homme d’affaires Moustapha — un célèbre importateur de riz — à Mouhamed Aly Srour, père de famille de 56 ans, continue de susciter une vive émotion sur les réseaux sociaux. Expulsé, avec les siens, de la maison qu’il aurait lui-même construite à la Cité Mourtalla, sur une aile de la VDN, l’homme s’est attiré la sympathie du public. Une cagnotte en ligne a même été lancée pour lui permettre de racheter le terrain en litige et conserver sa villa.
Mais de son côté, Moustapha campe fermement sur ses positions : il refuse toute idée de revente et accuse son adversaire d’être un « manipulateur ». Dans les colonnes du journal L’Observateur, il a livré sa version des faits.
« À genoux, en pleurs… »
Moustapha raconte avoir acquis le terrain il y a environ huit ans et y avoir placé des gardiens pour le protéger. Un jour, il apprend qu’un individu y construit sans autorisation.
« Je me suis rendu sur les lieux et j’ai constaté de visu qu’il était en train de construire. J’ai alors saisi la DSCOS pour signaler les faits », confie-t-il. Peu après, un homme nommé Aly se serait présenté à son bureau, en pleurs. « Dès qu’il est entré, il s’est mis à genoux. Il m’a expliqué qu’il avait été dupé dans la vente du terrain et qu’il risquait de tout perdre. Pris de pitié, j’ai accepté de lui vendre la parcelle », relate le commerçant.
Selon lui, un accord aurait été trouvé pour un paiement de 50 millions F CFA, échelonné en plusieurs versements.
Une rupture de confiance
Mais la situation se serait rapidement compliquée. Quelques jours plus tard, Moustapha affirme avoir été contacté par un notaire l’informant qu’un individu tentait de vendre le même terrain, muni d’une procuration à son nom.
« Je l’ai immédiatement convoqué », explique-t-il. Mouhamed Aly lui aurait alors raconté « une histoire invraisemblable » selon laquelle la femme qui lui avait vendu le terrain l’aurait invité à le remettre sur le marché, à un prix supérieur.
Moustapha dit avoir aussitôt mis fin à tout accord et engagé une procédure judiciaire. « Il a continué à construire malgré tout. J’ai gagné en première instance, puis en appel. Le temps que le jugement soit définitif, il avait déjà terminé sa maison et emménagé. »
Dix millions pour un départ… non respecté
La procédure d’expulsion, selon lui, s’est achevée en 2025. À ce moment-là, un notable du quartier et un religieux seraient intervenus pour apaiser la situation.
« J’ai fini par accepter de l’aider à déménager, malgré tout ce qu’il m’avait fait. J’ai remis 10 millions F CFA, par l’intermédiaire d’un ami, pour qu’il trouve un logement », déclare Moustapha, en précisant que la remise aurait été faite le 27 décembre, en présence de l’imam du quartier et d’un témoin. Un document de décharge aurait été signé, engageant Mouhamed Aly à quitter les lieux en février 2026.
Mais l’homme, accuse-t-il, n’aurait pas respecté son engagement. « Il a refusé de partir. Tout est consigné sur la décharge. »
« Ce n’est plus une affaire d’argent »
Face aux accusations du public, Moustapha se défend et estime être la vraie victime.
« Les gens parlent d’un homme à la rue, mais ignorent l’histoire complète. Cet individu m’a menti, a tenté de revendre ma parcelle et aujourd’hui, malgré l’aide que je lui ai donnée, il refuse de partir », déplore-t-il.
Quant aux rumeurs d’un prix de rachat à 300 millions F CFA, il les balaie d’un revers de main. « Je n’ai jamais parlé de telles sommes. Je ne veux plus rien avoir à faire avec ce manipulateur. Même s’il venait avec mille milliards, je n’en voudrais pas. Ce n’est plus une question d’argent, mais de principe. »
Il conclut : « Les Sénégalais peuvent l’aider s’ils le souhaitent. Mais moi, je dis que c’est un manipulateur. Il a toujours mes 10 millions. »
Cette affaire, mêlant propriété foncière, compassion publique et soupçons de tromperie, illustre une fois de plus la complexité et la tension autour du foncier dans la capitale sénégalaise. En attendant d’éventuelles médiations supplémentaires, la procédure d’expulsion suivrait toujours son cours.

