Affaire Abdoulaye Ba : Le Forum du Justiciable récuse la Police et réclame la Gendarmerie pour l’enquête

Alors que le Procureur de la République a officiellement confié l’enquête sur la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba à la DIC et à la Sûreté Urbaine, le Forum du Justiciable monte au créneau. Son président, Babacar Ba, plaide pour un dessaisissement de la police au profit de la gendarmerie nationale, afin de garantir la neutralité des investigations.
Dakar, le 14 février 2026 – La communication du Procureur Ibrahima Ndoye, affirmant qu’aucune violence physique n’a été établie à ce stade sur le corps d’Abdoulaye Ba, continue de susciter des vagues de contestation. Après la classe politique et les amicales d’étudiants, c’est au tour de la société civile spécialisée dans les questions de justice de faire entendre sa voix.
Un impératif d’impartialité
Par le biais d’un message publié sur le réseau social X ce samedi, Babacar Ba, président du Forum du Justiciable, a interpellé directement le maître des poursuites. Son argument est simple mais de taille : la Police nationale étant intervenue sur les lieux des affrontements le 9 février, elle ne peut, par principe de neutralité, enquêter sur elle-même ou sur des incidents où sa responsabilité pourrait être engagée.
« Monsieur le Procureur de la République, afin de garantir la plus grande impartialité et neutralité, il est souhaitable que l’enquête […] soit confiée à la gendarmerie nationale plutôt qu’à la police intervenue sur les lieux », a-t-il déclaré.
La DIC et la Sûreté Urbaine sous le feu des critiques
Pour l’heure, le Procureur a maintenu sa confiance envers la Division des Investigations Criminelles (DIC) et la Sûreté Urbaine (SU), deux unités d’élite de la Police. Ces dernières ont pour mission de « situer les responsabilités » et d’établir les causes du décès de l’étudiant en deuxième année de Médecine.
Cependant, le Forum du Justiciable craint que le maintien de l’enquête entre les mains de la police ne vienne alimenter le sentiment de défiance, surtout après que le parquet a déclaré que les éléments disponibles « ne corroborent pas les rumeurs de violences physiques ».
Protéger la crédibilité des institutions
Cette demande de dessaisissement s’inscrit dans un contexte où la « crédibilité de l’administration publique » est une priorité nationale, comme le rappelle la récente proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale. Pour Babacar Ba, la sécurité juridique des citoyens et la sérénité de l’espace universitaire dépendent de la confiance accordée aux conclusions de cette enquête.
Confier les investigations à la Gendarmerie — corps qui n’était pas en première ligne lors des affrontements du campus social — permettrait, selon lui, d’écarter tout soupçon de « corporatisme » ou de volonté d’étouffer d’éventuelles bavures.
Une pression qui s’accentue sur le Parquet
Le Procureur Ibrahima Ndoye, qui a appelé à la « retenue » et au « respect du cours normal de la justice », se retrouve désormais face à une exigence de transparence accrue. Si la loi lui donne toute latitude pour choisir ses officiers de police judiciaire, l’opinion publique et la société civile, elles, réclament des garanties d’indépendance pour que la mort d’Abdoulaye Ba ne reste pas une zone d’ombre dans l’histoire de l’UCAD.

