Respecter les postures républicaines
Je suis sidéré d’entendre des personnes ayant occupé de hautes fonctions au sein de la République demander au Président Diomaye de libérer ceux qui sont en prison. C’est d’une gravité inacceptable. Beaucoup n’osaient pas tenir un tel discours sous les présidences de Me Wade ou du Président Macky Sall.
Comment peut-on attribuer au Président de la République le pouvoir de mettre des gens en prison et de les en sortir à sa guise ? Il faut respecter la République, ses institutions et les principes de l’État de droit.
Les personnes actuellement en prison ne réclament, pour la plupart, qu’une seule chose : être jugées, dans le respect du droit, de la présomption d’innocence et dans le cadre d’une justice juste, diligente et équitable. Voilà ce qui grandit la République et honore les concernés.
Certains, devant l’Assemblée nationale appelée à lever leur immunité parlementaire, ont été dignes. Ils ont clamé leur innocence tout en gardant jalousement leur dignité. D’autres n’ont demandé aucune clémence, ont fait confiance à la justice et sont rentrés chez eux dignement.
Il faut donc revoir certaines positions, car rien de nouveau ne s’est produit. Ce qui s’est passé relève de l’ordre normal du fonctionnement des institutions : un Président de la République a, de façon souveraine, utilisé les prérogatives que lui confère la Constitution pour nommer ou retirer sa confiance.
Certes, ce cas est particulier en raison de la nature de la relation entre les deux hommes, mais l’État est au-dessus des contingences personnelles.
La posture républicaine consiste aujourd’hui à appeler au calme et à la sérénité afin que le gouvernement, sous la conduite du Premier ministre, gère les affaires courantes jusqu’à la nomination d’un nouveau Premier ministre et d’un nouveau gouvernement.
Il appartient également aux citoyens que nous sommes de demander à celui qui détient les prérogatives de nomination de tirer les leçons de ces deux années de gestion du pays. Car c’est lui, en dernier ressort, le responsable. Il lui appartient de corriger, de réconcilier, de rassembler et d’utiliser les meilleurs d’entre nous afin de redresser l’économie du pays.
Quant à l’ex-Premier ministre, il lui revient désormais d’assumer une opposition républicaine, de préparer son projet et de convaincre le peuple, seul détenteur de la légitimité démocratique.
Ce qui est arrivé ce soir doit être analysé avec hauteur, sans passion ni parti pris. Le pouvoir n’a pas changé par la violence ni par un coup d’État. Le Président est là. Son ex-Premier ministre a des ambitions et une vision ; qu’il se prépare, avec son parti et les autres formations politiques, à s’opposer dans le cadre démocratique.
Ce qui se passera à l’Assemblée nationale n’a rien d’exceptionnel. Dans de nombreuses démocraties, des Présidents ont gouverné sans majorité parlementaire, et les pays n’ont pas sombré pour autant.
Le Sénégal demeure une grande démocratie, avec des institutions fortes, des textes solides, une Constitution robuste, une administration expérimentée, des cadres de haut niveau, une justice consciente de ses responsabilités ainsi que des forces de défense et de sécurité républicaines qui protègent la Nation.
Il faut donc raison garder, préserver nos postures républicaines et éviter les amalgames de circonstance.
Un nouveau départ est possible, car la contradiction principale qu’était le binôme a désormais sauté. Il faut maintenant gérer cette nouvelle étape avec intelligence, dans le respect de l’intérêt général, en acceptant la compétition politique sans se battre ni fracturer la Nation.
Thierno Lo

