Seydou Guèye : « L’APR reste une force politique majeure malgré la défaite de 2024 »

Invité de l’émission Le Jury du Dimanche sur Iradio, l’ancien ministre et cadre de Alliance pour la République (APR), Seydou Guèye, a longuement analysé la situation politique nationale après la perte du pouvoir par la coalition Benno Bokk Yakaar lors de l’élection présidentielle de 2024. Entre bilan, critiques du pouvoir actuel et perspectives de reconstruction, il affirme que son parti demeure un acteur politique central au Sénégal.
Une défaite à analyser, pas une disparition politique
Pour Seydou Guèye, la défaite de 2024 représente un tournant pour la majorité sortante, mais ne signifie pas l’effacement de l’APR de la scène politique.
« C’est la première défaite après onze victoires électorales. Une fois passé le choc du premier soir, il faut évaluer et tirer les conséquences », a-t-il expliqué.
Selon lui, toute défaite politique provoque deux réactions : certains militants se retirent tandis que d’autres s’investissent dans la reconstruction de l’organisation. Dans le cas de l’APR, il affirme que le parti conserve un socle militant solide.
Il met notamment en avant l’implantation territoriale de la formation politique. « L’Alliance pour la République reste le premier parti au niveau territorial, avec plus de 400 collectivités dirigées par des responsables issus du parti », a-t-il soutenu.
Macky Sall au cœur de la stratégie
Pour l’ancien porte-parole du gouvernement, l’ancien président Macky Sall demeure une figure centrale du projet politique de l’APR.
Selon lui, le bilan de l’ancien chef de l’État constitue un atout majeur pour maintenir la cohésion des militants et préparer la reconquête politique.
« Son discours après la défaite a été percutant et cohérent. Il a insisté sur la solidarité, la résilience et la nécessité de remettre le travail sur l’ouvrage », a-t-il déclaré, rappelant également que Macky Sall a quitté le pouvoir sans avoir été personnellement battu lors d’une élection présidentielle.
Une opposition en cours d’organisation
Désormais dans l’opposition, l’APR s’inscrit dans un cadre plus large avec le Front pour la Défense de la Démocratie et de la République.
Pour Seydou Guèye, l’urgence n’est pas de désigner un leader unique, mais plutôt de structurer une dynamique collective capable de porter une alternative politique.
« La priorité n’est pas l’émergence d’un leader, mais la mise en place d’un cadre pour porter une dynamique politique », a-t-il affirmé.
Il estime que la situation actuelle exige une mobilisation en faveur des libertés publiques et de l’État de droit.
Des critiques contre le pouvoir actuel
L’ancien ministre n’a pas manqué de critiquer la gestion du pays par les nouvelles autorités dirigées par le président Bassirou Diomaye Faye.
Selon lui, le climat politique est marqué par une multiplication de procédures judiciaires visant des acteurs politiques.
« Les mots qui dominent aujourd’hui l’espace public sont convocation, garde à vue, mandat de dépôt, bracelet électronique. Pour un pays comme le Sénégal, c’est préoccupant », a-t-il déclaré.
Il reconnaît toutefois que l’élection présidentielle de 2024 a constitué un moment important pour la démocratie sénégalaise.
« Dans beaucoup de pays, il aurait été difficile d’organiser une élection apaisée avec la victoire dès le premier tour d’un candidat sorti de prison », a-t-il souligné.
Restructuration et renouvellement au sein de l’APR
Dans la perspective de préparer l’avenir, l’APR a engagé une restructuration interne. Un nouveau Secrétariat exécutif national a été installé, couvrant l’ensemble du territoire et la diaspora. Des secrétariats départementaux ont également été mis en place dans la majorité des départements du pays.
Cette réorganisation s’accompagne d’un renouvellement partiel des responsables.
Seydou Guèye lui-même a quitté son poste de porte-parole du parti, désormais confié à un pôle coordonné par Moussa Bocar Thiam.
La nouvelle dynamique du parti accorde une place importante aux jeunes et aux femmes, considérés comme des moteurs essentiels de mobilisation politique.
« Si vous voulez convertir un potentiel en réalité électorale, il faut s’appuyer sur l’innovation portée par les jeunes et les femmes », a-t-il affirmé, tout en mettant en garde contre le « jeunisme », estimant que la politique doit rester un espace de collaboration entre générations.
Une stratégie de reconquête
Malgré la défaite électorale, Seydou Guèye assure que l’APR travaille déjà à une stratégie de reconquête du pouvoir.
Selon lui, les difficultés rencontrées par les nouvelles autorités pourraient renforcer le discours de l’opposition.
« Nous n’avons pas besoin d’inventer un nouveau narratif. La réalité politique actuelle parle d’elle-même », a-t-il conclu.

