Guinée-Bissau : L’opposant Domingos Simoes Pereira face à la justice militaire

Libéré de prison il y a seulement quelques jours, le leader du PAIGC est désormais convoqué devant un tribunal militaire le 13 février prochain. Les autorités de transition le soupçonnent d’être le cerveau financier de plusieurs tentatives de déstabilisation du pays.
Par Abdallah
Le répit aura été de courte durée pour Domingos Simoes Pereira. Le leader du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), figure de proue de l’opposition bissau-guinéenne, s’apprête à franchir les portes d’un tribunal militaire. Toujours placé en résidence surveillée depuis sa libération le 31 janvier dernier, il est désormais visé par des accusations de haute trahison.
Des soupçons de « subversion »
Selon des sources judiciaires et militaires citées par l’AFP, l’étau se resserre autour de l’ancien Premier ministre. Les militaires au pouvoir, dirigés par le général Horta N’Tam depuis le putsch du 26 novembre dernier, le soupçonnent d’être impliqué dans au moins deux tentatives de coup d’État : la première en décembre 2023 et la seconde en octobre 2025.
« Il y a beaucoup de soupçons sur sa tête concernant son implication présumée dans plusieurs actions subversives », a confié un officier supérieur sous couvert d’anonymat. Plus grave encore, des militaires arrêtés lors des précédents troubles auraient affirmé avoir été financés directement par M. Pereira pour renverser l’ordre constitutionnel.
Un processus démocratique à l’arrêt
Cette convocation intervient dans un climat politique délétère. Pour rappel, le pays est dirigé par une junte militaire qui a renversé le président sortant Umaro Sissoco Embalo, suspendant de facto les élections présidentielle et législatives qui devaient se tenir fin novembre.
Domingos Simoes Pereira, dont la candidature à la dernière présidentielle avait été rejetée pour « dépôt tardif », était devenu le principal soutien du candidat Fernando Dias. Son arrestation le jour du coup d’État et ses ennuis judiciaires actuels — il est aussi poursuivi pour des délits économiques — sont perçus par ses partisans comme une volonté manifeste de l’armée de neutraliser l’opposition historique.
Une instabilité chronique
La Guinée-Bissau renoue avec ses vieux démons. Depuis son indépendance du Portugal en 1974, ce petit État d’Afrique de l’Ouest a été le théâtre de quatre coups d’État réussis et d’une multitude de tentatives de putsch.
L’audience du 13 février prochain sera scrutée de près par la communauté internationale. Elle marquera un tournant : soit l’amorce d’une clarification judiciaire, soit, comme le craint l’opposition, une étape supplémentaire dans la consolidation du pouvoir par les militaires au détriment du jeu démocratique.

