DIPLOMATIE : À Rabat, Ousmane Sonko place l’axe Dakar-Rabat au-dessus des passions de la CAN

En visite officielle au Maroc pour la 15ème session de la Grande Commission mixte, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a délivré un discours de haute facture diplomatique. Face à son homologue Aziz Akhannouch, il a méthodiquement déconstruit les tensions nées de la finale de la CAN pour réaffirmer la solidité d’une relation historique et multidimensionnelle.
Par Abdallah
Le sport comme épreuve, non comme rupture
Arrivé dans un climat alourdi par les polémiques sportives et les dérapages sur les réseaux sociaux, Ousmane Sonko a immédiatement recadré les enjeux de sa visite. Refusant le terme de « voyage d’apaisement », il a préféré parler de « voyage de confirmation ».
« Les dérapages observés ici ou là ne doivent être ni niés ni dramatisés. Ils doivent être requalifiés comme des excès émotionnels produits par la ferveur et non comme des fractures politiques ou culturelles », a martelé le Premier ministre.
Pour le chef du gouvernement, la finale de la CAN n’a pas opposé deux ennemis, mais a mis à l’épreuve l’intensité de deux passions nationales. Il a souligné que le sport, par nature « fluide », ne saurait résumer ni fragiliser des siècles de liens profonds.
Les quatre piliers de l’amitié sénégalo-marocaine
Ousmane Sonko a rappelé que la relation entre Dakar et Rabat repose sur des socles bien plus résistants qu’un résultat de match :
- Le ciment spirituel : Les échanges intenses entre les confréries religieuses des deux pays.
- Le capital humain : La circulation historique des étudiants, des commerçants et des familles.
- L’ancrage économique : Des investissements croisés et une vision commune du développement africain.
- La stabilité politique : Une confiance bâtie sur le temps long, survivant aux alternances démocratiques.
Vers une refondation stratégique
Loin d’être une simple séquence post-compétition, cette 15ème Commission mixte marque une volonté de « refondation du lien ». L’objectif affiché par les deux chefs de gouvernement est de rendre la coopération plus dense et plus ambitieuse.
Ousmane Sonko a exhorté les deux délégations à travailler pour « sceller un avenir commun », rappelant que l’amitié entre le Sénégal et le Maroc est une constante géopolitique qui ne saurait être ébranlée par l’émotion d’un soir de finale.
Ousmane Sonko a fait preuve d’une grande maturité politique en abordant de front le malaise ressenti par les deux populations après la CAN. En « requalifiant » les tensions comme des épisodes émotionnels mineurs face à l’Histoire, il sécurise les intérêts stratégiques du Sénégal au Maroc (investissements, étudiants, soutien diplomatique). Ce discours transforme une crise d’image en une opportunité de réaffirmation du leadership sénégalais dans la sous-région.

