MUSIQUE : L’adieu amer de Fodé Baro à la Guinée

C’est un véritable séisme dans le milieu artistique guinéen. Fodé Baro, monument de la musique urbaine et pionnier du « Zouk-Mandingue », a annoncé son départ définitif du pays. Blessé par ce qu’il qualifie de campagnes de diffamation et d’ingratitude, l’interprète de “Yansan” a décidé de tourner le dos à une terre où il ne se sent plus ni aimé, ni respecté.
Par Abdallah
Un sentiment de rejet et de diffamation
Après 36 ans de carrière internationale sans accroc, Fodé Baro dresse un bilan sombre de ses sept dernières années passées en Guinée. L’artiste dénonce un climat de harcèlement moral :
- Accusations infondées : Il rejette avec force les étiquettes « d’alcoolique », de « clochard » ou encore les rumeurs prétendant qu’il aurait vendu ses biens par nécessité.
- Le choc des cultures : « Ailleurs, je suis célébré comme un héros ; chez moi, je rentre comme un simple poulet » a-t-il lâché, pointant du doigt la tendance nationale à « rabaisser les grands hommes ».
Le poids des tensions politiques
L’amertume de l’artiste semble également nourrie par des malentendus politiques. Fodé Baro regrette d’avoir été injustement perçu comme un opposant au président de la transition :
- L’ombre de la présidence : Il déplore qu’on l’ait « opposé » au Général Mamadi Doumbouya, créant une situation de tension qu’il juge infondée et destructrice pour sa carrière locale.
- L’appel à la justice divine : « Dieu jugera » a-t-il simplement commenté, signe d’une volonté de ne plus se justifier auprès des hommes.
Un exil pour retrouver sa dignité
Pour Fodé Baro, le départ n’est pas une fuite, mais une nécessité pour préserver son intégrité et sa paix intérieure. En repartant à l’étranger, il cherche à retrouver le respect qu’il estime avoir perdu en s’installant à Conakry.
Cette annonce a déclenché une vague de tristesse chez ses fans, qui voient en ce départ le symptôme d’une société guinéenne de plus en plus dure envers ses propres légendes.
Le cas Fodé Baro illustre le paradoxe de « nul n’est prophète en son pays ». Alors que la Guinée cherche à valoriser son patrimoine culturel, le départ d’un tel ambassadeur de la musique mandingue moderne est un signal inquiétant. C’est un cri de cœur qui questionne la protection des icônes nationales face à la virulence des réseaux sociaux et aux amalgames politiques.

