Corne de l’Afrique : Visite surprise du patron du renseignement éthiopien à Mogadiscio

Dans un climat de méfiance persistante, Redwan Hussein, chef des services de renseignement éthiopiens, a effectué ce mardi 13 janvier 2026 un déplacement inattendu à Mogadiscio. Porteur d’un message du Premier ministre Abiy Ahmed, cette visite pourrait marquer un tournant dans la crise diplomatique qui oppose les deux voisins depuis plus d’un an.
Un message secret à la Villa Somalia
L’arrivée de Redwan Hussein au palais présidentiel somalien a pris de court les observateurs de la région. Reçu par le président Hassan Sheikh Mohamud, l’émissaire éthiopien a transmis une correspondance directe d’Abiy Ahmed dont la teneur reste, pour l’heure, confidentielle.
Cette audience a été suivie d’une réunion de haut niveau au siège de l’Agence nationale somalienne du renseignement et de la sécurité (NISA) avec son directeur, Mahad Salad. Le silence radio des deux capitales après ces entretiens souligne la sensibilité extrême des sujets abordés, probablement centrés sur la sécurité transfrontalière et la désescalade politique.
L’ombre du Somaliland et de l’accord portuaire
Les relations entre Addis-Abeba et Mogadiscio sont au point mort depuis janvier 2024. Le déclencheur ? Un protocole d’accord signé entre l’Éthiopie et le Somaliland — région ayant fait sécession de la Somalie mais non reconnue par la communauté internationale — prévoyant un accès à la mer Rouge et la location d’une base navale.
Mogadiscio y voit une « agression flagrante » contre sa souveraineté territoriale. Malgré la médiation de la Turquie via la Déclaration d’Ankara, la méfiance reste profonde, la Somalie exigeant le retrait pur et simple de l’accord avant toute normalisation.
Une médiation de la dernière chance ?
Cette visite surprise intervient alors que la Corne de l’Afrique est secouée par d’autres tensions, notamment l’implication croissante de puissances régionales comme l’Égypte et la Turquie. Pour l’Éthiopie, enclavée, l’accès à la mer est un enjeu vital, tandis que pour la Somalie, la préservation de l’unité nationale est une ligne rouge absolue.
L’envoi du chef du renseignement, plutôt qu’un ministre des Affaires étrangères, suggère que les discussions portent sur des garanties de sécurité mutuelles ou sur la recherche d’un compromis technique loin de la rhétorique publique enflammée.

