Enseignants sénégalais en Guinée : Souleymane Bachir Diagne appelle à une « mobilité structurée » contre le désordre académique

Invité de l’émission Point de vue sur la RTS ce dimanche 11 janvier 2026, le philosophe et éminent universitaire Souleymane Bachir Diagne a apporté une analyse nuancée sur la polémique du recrutement d’enseignants-chercheurs sénégalais par la Guinée. S’il écarte l’idée d’un exil définitif, il soutient la fermeté de l’État sur le respect des règles institutionnelles.
Un « exode » fantasmé ?
D’emblée, le Professeur Diagne a tenu à ramener le débat à de justes proportions. Pour lui, parler d’un « exode des cerveaux » vers la Guinée est une lecture sensationnaliste de la réalité. Il estime peu probable que des universitaires sénégalais, souvent ancrés dans leurs carrières nationales, décident de s’installer durablement chez le voisin guinéen.
Selon lui, la présence massive de profils en STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) sur la liste des recrues indique plutôt une réponse ponctuelle à un besoin technique spécifique du système guinéen.
Le nœud du problème : L’exclusivité et la hiérarchie
Le philosophe distingue trois profils : les vacataires, les retraités et les titulaires. C’est sur ces derniers que le bât blesse.
« Il est tout naturel pour la tutelle de vouloir savoir dans quel cadre des enseignants interviennent dans un pays frère, et ce qu’il advient de leur charge de travail au Sénégal », a-t-il affirmé.
Il a rappelé qu’un titulaire ne peut, selon une règle académique universelle, occuper deux postes de fonctionnaire simultanément. Le fait que certains enseignants aient court-circuité les canaux officiels de la coopération entre Dakar et Conakry pose un problème de transparence et de déontologie.
Le péril de la « carrière horizontale »
Au-delà de l’aspect administratif, Bachir Diagne a lancé une alerte sur la qualité de l’enseignement supérieur. S’appuyant sur les réflexions d’Ibrahim Thioub et du Dr Papa Abdoulaye Seck, il a pointé du doigt deux menaces :
- L’attrait du privé : Qui aspire les compétences de l’université publique.
- La carrière horizontale : Une logique où l’enseignant multiplie les prestations extérieures pour augmenter ses revenus, au détriment de sa recherche et de l’encadrement de ses étudiants au Sénégal.
Pour une mobilité africaine régulée
En conclusion, le Professeur Diagne ne s’oppose pas à l’entraide entre pays africains, bien au contraire. Il plaide pour une mobilité académique structurée. Pour lui, l’expertise sénégalaise doit pouvoir rayonner dans la sous-région, mais cela doit impérativement s’inscrire dans des protocoles de coopération inter-étatiques afin de ne pas fragiliser les institutions d’origine.

