1er mai 2025 : le syndicalisme sénégalais à l’heure de l’autocritique ?

1er mai 2025 : le syndicalisme sénégalais à l’heure de l’autocritique ?

Le 1er mai 2025 offre-t-il enfin l’opportunité d’un bilan sincère du mouvement syndical sénégalais, longtemps absent de la résistance populaire contre le régime autoritaire de l’APR/BBY ? Dans un contexte où plus de 80 jeunes manifestants ont été tués — dont 81 % par balles —, où des centaines de citoyens ont été torturés ou emprisonnés arbitrairement, l’absence des grandes centrales syndicales dans cette lutte citoyenne reste une tache historique qu’il est urgent d’effacer.

Un silence syndical face à un État hors-la-loi

Alors que l’État néocolonial libéral se maintenait au pouvoir par la répression et la manipulation judiciaire, les centrales syndicales sont restées largement silencieuses. Ce silence contraste avec leur rôle historique lors des luttes sociales post-dévaluation du franc CFA, ou encore leur implication dans les Assises nationales qui ont préparé l’émergence du 23 juin 2011 et la seconde alternance politique au Sénégal.

Aujourd’hui, ce recul est d’autant plus frappant que les organes de contrôle étatiques (IGE, OFNAC, IGF, Cour des comptes) ont mis en lumière d’innombrables cas de détournements de deniers publics, sans que les syndicats n’exigent la reddition des comptes ni la réparation des passifs sociaux accumulés sous le régime APR/BBY.

Continuité de l’État : oui, mais pour la justice et la reddition des comptes

Si les syndicats veulent invoquer la « continuité de l’État », ils doivent aussi réclamer :

  • La justice pour les victimes des crimes d’État,
  • La vérification de la dette cachée estimée à plus de 4 000 milliards de FCFA, contractée avec la complicité du FMI et de la Banque mondiale,
  • La mobilisation des travailleurs pour exiger des réparations sociales, économiques et morales à l’égard des classes laborieuses.

Un syndicalisme de rupture est plus que jamais nécessaire pour porter ces exigences dans l’espace public.

Retrouver la mémoire des luttes : un devoir historique

Le syndicalisme sénégalais doit se réconcilier avec ses grandes heures :

  • Les grèves cheminotes de 1938 et 1947,
  • La grève générale de 1968,
  • Les mouvements sociaux contre les privatisations dans les années 90.

Ces luttes ont façonné l’histoire sociale du Sénégal et doivent inspirer une alternative syndicale révolutionnaire, portée par une jeunesse militante, panafricaine, souverainiste et anti-impérialiste.

Contre un syndicalisme réformiste néocolonial

Le syndicat n’est pas une ONG. Il ne doit pas se contenter d’amortir les chocs sociaux ou de négocier des miettes. Le véritable syndicalisme est celui qui défend avec force :

  • Les droits matériels et moraux des travailleurs,
  • Les libertés démocratiques fondamentales,
  • La souveraineté nationale et panafricaine,
  • Et la solidarité internationale avec les luttes ouvrières du monde entier.

Pour un sursaut syndical panafricain

Le 1er mai 2025 doit marquer le début d’un sursaut syndical souverainiste, qui rompe avec la complicité passive du passé et place à nouveau le monde du travail au cœur de la transformation sociale, démocratique et économique du Sénégal.

Hommage aux figures du syndicalisme sénégalais

Ce combat s’inscrit dans la lignée de syndicalistes engagés qui ont consacré leur vie à la défense des travailleurs :

  • Cyriaque Diatta, Adama Kane (CSS)
  • Badiane Gueye (NSTS), Amagore Ndoye (Amerger)
  • Ibrahima Sarr, Djiby Seck, Alioune Sène (Régie Chemin de fer)
  • Iba Ndiaye Ndiadji, Tidiane Diatta (Biscuiterie), Bassirou Sarr (Imprimerie nationale)
  • Birane Gaye (PTT), Madjiguène Cissé et Assane Samb (Sans-papiers en France)

Par Roland Fodé DIAGNE
Retraité – Ancien porte-parole du Comité des Sans-Papiers 59 (France)
Ex-responsable CGT/France – Membre fondateur de l’Union des Travailleurs Sénégalais en France/Action Revendicative

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *