UCAD : Le recteur multiplie les rencontres pour sortir de la crise après la mort d’Abdoulaye Ba

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Face à la tension persistante sur le campus social de l’Université Cheikh Anta Diop, le recteur Alioune Badara Kandji a entamé une série de consultations avec les syndicats d’enseignants et de personnel. Objectif : apaiser le climat, sauver l’année universitaire et trouver une issue à la crise déclenchée par le décès tragique de l’étudiant Abdoulaye Ba.

Une diplomatie rectorale pour ramener la paix

Conscient de la gravité de la situation et de l’urgence à désamorcer une crise qui menace l’année universitaire, le professeur Alioune Badara Kandji, recteur de l’UCAD, a multiplié les rencontres avec les acteurs clés de la communauté universitaire.

Selon un communiqué transmis à l’Agence de Presse Sénégalaise (APS) et repris par Seneweb, le recteur a successivement reçu :

  • La coordination du Syndicat autonome des enseignants du supérieur (SAES)
  • La section UCAD du Syndicat unitaire des enseignants du Sénégal/enseignement supérieur et recherche (SUDES/ESR)
  • L’intersyndicale des Personnels administratif, technique et de service (PATS)

Ces consultations visent à explorer des pistes concrètes de sortie de crise, dans un contexte où le campus social reste fermé et où des étudiants demeurent sous procédure judiciaire.

« Sauver l’année et préserver l’université »

Face au recteur, les organisations syndicales ont affiché une position commune : la nécessité absolue de privilégier le dialogue et d’apaiser rapidement les tensions qui paralysent l’institution.

Le professeur Mamadou Bodian, coordonnateur du SAES pour le campus de Dakar, a formulé l’urgence en termes clairs : « Nous devons sauver l’année et préserver l’université de toute violence ».

Cette déclaration traduit l’inquiétude croissante des enseignants face à une crise qui, si elle perdure, pourrait compromettre le calendrier académique et pénaliser des milliers d’étudiants innocents, déjà éprouvés par les perturbations récurrentes.

Le dialogue, « seule solution » selon les syndicats

Le professeur Sylvestre Kouakou, représentant du SUDES/ESR, a insisté sur une condition essentielle : le dialogue « est la seule solution » et il doit impérativement inclure les étudiants.

Cette position est partagée par les PATS, qui estiment que toute négociation doit associer « ceux qui sont élus par leurs pairs », c’est-à-dire les représentants légitimes des étudiants, notamment au sein des amicales actuellement suspendues.

Cette convergence syndicale constitue un signal fort : la sortie de crise ne pourra se faire qu’en intégrant pleinement les étudiants au processus de discussion, et non en les écartant ou en les criminalisant collectivement.

Trois revendications syndicales prioritaires

Les partenaires sociaux ont formulé un triptyque de demandes au recteur :

1. La libération des étudiants encore détenus

Les syndicats réclament la fin des poursuites et la libération de tous les étudiants arrêtés dans le cadre des événements du 9 février 2026.

2. La réouverture du campus social

La fermeture prolongée du campus social pénalise des milliers d’étudiants, notamment ceux résidant dans les pavillons qui n’ont pas été le théâtre des violences.

3. Le rétablissement des amicales

Les structures représentatives étudiantes, suspendues par décision administrative, doivent être réhabilitées pour permettre un dialogue institutionnel constructif.

Les réponses du recteur : entre gestes et contraintes juridiques

Face à ces demandes, le recteur Alioune Badara Kandji a apporté des éléments de réponse nuancés, marqués par les contraintes juridiques et administratives.

Sur les étudiants détenus :

Le professeur Kandji a précisé que sur les 107 étudiants interpellés lors des événements, 104 ont déjà été libérés. Seuls trois étudiants restent sous procédure judiciaire, ayant été déférés au parquet.

Le recteur a toutefois indiqué qu’il ne peut pas intervenir dans cette procédure, celle-ci relevant désormais de la compétence exclusive du pouvoir judiciaire et non de l’autorité universitaire.

Sur la réouverture du campus social :

Sans s’engager sur une date précise, le recteur a exprimé son espoir et sa volonté de voir le campus social rouvrir « dans les meilleurs délais », dès que les conditions de sécurité et de sérénité seront réunies.

Sur la suspension des amicales :

Le recteur a présenté cette mesure comme « conservatoire », c’est-à-dire temporaire et réversible. Il a indiqué qu’elle pourrait être levée par le Conseil académique dès le retour au calme sur le campus.

Cette précision suggère que la réhabilitation des structures étudiantes n’est pas exclue, mais conditionnée à une normalisation de la situation.

Une visite de condoléances chargée de symboles

Au-delà des consultations syndicales, le recteur a accompli un geste humain et symbolique fort. Le communiqué indique qu’il s’est rendu lundi au domicile de la famille du défunt Abdoulaye Ba pour présenter ses condoléances.

Il était accompagné d’une délégation représentative de l’institution : doyens, collaborateurs du rectorat, partenaires sociaux et membres du comité de dialogue social.

Cette visite, hautement symbolique, témoigne de la volonté du recteur d’assumer la dimension humaine de la tragédie et de manifester la solidarité de l’institution avec la famille endeuillée, au-delà des querelles politiques ou procédurales.

Une disponibilité affichée des partenaires sociaux

Le communiqué conclut sur une note d’espoir : « Les partenaires sociaux ont exprimé leur disponibilité à accompagner le rectorat dans la recherche d’une solution ».

Cette déclaration suggère qu’un front commun enseignants-administration pourrait se constituer pour dépasser la crise, à condition que les étudiants soient pleinement associés aux discussions et que leurs revendications légitimes soient entendues.

Les défis qui persistent

Malgré ces signaux positifs, plusieurs obstacles majeurs demeurent sur la route de l’apaisement :

  • La défiance estudiantine : le Collectif des Amicales maintient sa grève et rejette les conclusions du procureur, ce qui suggère un fossé profond entre autorités et étudiants
  • Les trois étudiants toujours sous procédure judiciaire : leur sort cristallise les tensions et nourrit le sentiment d’injustice
  • La question des responsabilités : tant que les circonstances exactes de la mort d’Abdoulaye Ba ne seront pas éclaircies et les éventuelles responsabilités établies, la colère estudiantine risque de perdurer
  • La fermeture prolongée du campus social : chaque jour qui passe aggrave la précarité de milliers d’étudiants privés de logement

L’UCAD à la croisée des chemins

L’Université Cheikh Anta Diop, temple historique du savoir et de la contestation sociale au Sénégal, traverse l’une de ses crises les plus graves depuis des années. La mort tragique d’Abdoulaye Ba a ravivé les fractures entre autorités et étudiants, entre forces de l’ordre et jeunesse universitaire.

Les efforts du recteur Kandji pour restaurer le dialogue méritent d’être salués, mais ils ne suffiront pas si parallèlement, la vérité n’est pas établie sur les événements du 9 février et si justice n’est pas rendue de manière équitable.

L’année universitaire 2025-2026 est effectivement en jeu, mais au-delà, c’est la confiance entre l’institution et sa communauté étudiante qui doit être reconstruite.

La balle est désormais dans le camp de toutes les parties prenantes : administration, syndicats, étudiants, autorités judiciaires et gouvernementales. Seul un dialogue sincère et inclusif permettra de tourner cette page douloureuse.

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