UCAD : Le Collectif des Amicales rejette les conclusions du Procureur et maintient la grève

Suspension des Amicales : le Collectif des Amicales de l'Ucad juge  "irresponsable et autoritaire" la décision des autorités - Senegal7

Dans un communiqué cinglant publié après la conférence de presse du procureur Ibrahima Ndoye, le Collectif des Amicales de l’Université Cheikh Anta Diop dénonce une tentative de l’État de se dédouaner dans l’affaire du décès tragique de l’étudiant Abdoulaye Bâ. Les étudiants multiplient les questions et exigent la libération de leurs camarades arrêtés.

Une « vive consternation » face aux explications du Parquet

Au lendemain de la conférence de presse tenue ce mardi 17 février 2026 par le procureur de la République, Ibrahima Ndoye, le Collectif des Amicales de l’UCAD n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué au ton ferme, les représentants des étudiants expriment leur « vive consternation » face aux conclusions présentées par le magistrat.

Pour le Collectif, cette communication traduit « une volonté manifeste de l’État de se dégager de toute responsabilité » dans cette tragédie qui a endeuillé le campus social de Dakar. Les explications fournies sur les circonstances de la chute fatale d’Abdoulaye Bâ depuis le quatrième étage du bâtiment F suscitent, selon les étudiants, « d’innombrables interrogations ».

Un chapelet de questions sans réponses

Loin de clore le débat, les déclarations du procureur ont au contraire ravivé les interrogations de la communauté universitaire. Le Collectif énumère une série de questions cruciales restées sans réponse satisfaisante :

Sur l’intervention policière :

  • Comment la situation a-t-elle pu dégénérer à ce point le 9 février 2026 ?
  • Qui a donné l’ordre aux Forces de défense et de sécurité (FDS) de pénétrer dans l’enceinte du campus social, espace traditionnellement considéré comme un sanctuaire estudiantin ?
  • Le ministre de l’Intérieur a-t-il personnellement supervisé les opérations menées ce jour-là ?
  • Pourquoi aucun ordre de retrait n’aurait été donné alors que, selon les témoignages étudiants, les violences et bavures policières s’intensifiaient au fil de la journée ?

Sur les circonstances du drame :

  • Quelle est l’origine exacte de l’incendie de la chambre 85F, événement qui aurait directement poussé les occupants de la chambre voisine 83F à tenter une sortie désespérée par la fenêtre du quatrième étage ?
  • Comment expliquer les incohérences présumées dans les conclusions médico-légales, notamment concernant l’absence de fractures chez la victime malgré une chute d’une telle hauteur ?

Rejet de la thèse du « bouc émissaire »

Le Collectif des Amicales martèle que le peuple sénégalais et la communauté universitaire attendent « des réponses claires » et refusent catégoriquement toute tentative de faire des étudiants les « boucs émissaires » de cette affaire douloureuse.

Cette position reflète un sentiment largement partagé sur le campus : celui d’une justice à deux vitesses, où les responsabilités des forces de l’ordre seraient minimisées tandis que les étudiants feraient l’objet de poursuites disproportionnées.

Exigence de libération immédiate

Dans son communiqué, le Collectif formule une exigence sans équivoque : la libération immédiate de tous les étudiants arrêtés et poursuivis dans le cadre de cette affaire. Ces détentions sont qualifiées d’« injustes » par les représentants estudiantins, qui y voient une forme de répression du mouvement de protestation.

Le maintien en détention de ces étudiants constitue, aux yeux de leurs camarades, une injustice supplémentaire qui vient s’ajouter au traumatisme collectif provoqué par le décès d’Abdoulaye Bâ.

Une grève maintenue jusqu’au 19 février

Saluant « l’élan de solidarité » observé à l’échelle nationale depuis l’annonce du drame, le Collectif des Amicales annonce le maintien de son mot d’ordre de grève jusqu’au jeudi 19 février 2026.

Ce mouvement de débrayage, qui paralyse les activités académiques de la plus grande université du Sénégal, témoigne de la détermination des étudiants à obtenir la vérité sur les événements du 9 février et à voir reconnaître les responsabilités à tous les niveaux.

Un engagement « indéfectible » pour la vérité

En conclusion de leur communiqué, les représentants du Collectif réitèrent leur « engagement indéfectible » envers la communauté estudiantine et promettent de poursuivre la mobilisation jusqu’à ce que toute la lumière soit faite sur les circonstances exactes du décès d’Abdoulaye Bâ.

Cette détermination s’inscrit dans une tradition de contestation estudiantine à l’UCAD, temple historique de la lutte sociale au Sénégal, où plusieurs générations d’étudiants ont marqué l’histoire politique du pays.

L’affaire Abdoulaye Bâ risque donc de s’inscrire dans la durée, opposant une communauté universitaire en quête de vérité à des autorités accusées de vouloir étouffer l’affaire. La tension reste palpable sur le campus de Dakar, où la mémoire du jeune étudiant disparu alimente une contestation qui dépasse désormais les seules questions académiques.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *