Secret de l’enquête, présomption d’innocence : la Justice doit reprendre le contrôle

Monsieur le Procureur,
Ce qui inquiète aujourd’hui les Sénégalais n’est pas seulement le fond des affaires judiciaires, mais la manière dont elles fuitent et se retrouvent exposées dans l’espace public.
Des procès-verbaux d’audition circulent.Des rapports d’autopsie apparaissent dans le débat public.Des convocations sont annoncées avant même les actes judiciaires officiels.Dans certaines procédures, l’opinion semble informée avant la Justice elle-même.
Or, vous avez vous-même indiqué qu’un rapport d’autopsie authentique existait et qu’il avait été établi en présence d’un membre de la famille du défunt Abdoulaye Ba. Cette précision laisse entendre qu’un autre document aurait circulé auparavant, ce qui pose une question grave : qui diffuse ces éléments d’enquête et dans quel but ?
Deux principes fondamentaux sont aujourd’hui menacés :
Le secret de l’enquête et de l’instruction, qui protège la sérénité de la Justice, l’efficacité des investigations et la dignité des personnes concernées.
La présomption d’innocence, qui interdit que des citoyens soient exposés à la suspicion publique avant même que la Justice ne statue.
Face à ces dérives, il devient nécessaire que votre parquet :
– identifie et sanctionne l’origine des fuites,– rappelle strictement aux enquêteurs leur obligation de confidentialité,– centralise la communication judiciaire pour éviter les informations contradictoires,– établisse un cadre clair permettant à la presse d’informer sans violer le droit.
La Justice ne peut être crédible si les dossiers sont instruits dans la rue, sur les réseaux sociaux ou dans les rumeurs.
Le Sénégal n’a pas besoin d’une justice exposée.Il a besoin d’une justice respectée.
Restaurer le secret de l’enquête, c’est protéger les citoyens.Faire respecter la présomption d’innocence, c’est protéger l’État de droit.
Thierno LôPrésident de l’Alliance pour la Paix et le Développement

