République, divergences et vérité politique
Le limogeage de Ousmane Sonko et son discours à l’Assemblée nationale montrent clairement qu’entre lui et le Président Diomaye, le problème dépasse les simples postures politiques. Beaucoup avaient déjà compris qu’avec le temps, le lieutenant devenu Président finirait inévitablement par entrer en contradiction avec celui qui demeure le véritable chef politique de Pastef.
Depuis des mois, certains d’entre nous alertaient sur la nécessité du respect des principes régaliens, des institutions et de l’équilibre de l’État. Aujourd’hui, les événements semblent confirmer qu’il existe un désaccord profond sur la vision du pouvoir et sur la conduite du projet politique.
Au-delà des discours, plusieurs sujets fondamentaux apparaissent : la reddition des comptes, les relations avec les partenaires financiers comme le FMI, le respect des engagements de l’État, notamment sur certaines dépenses souveraines, mais aussi la conception même du pouvoir. À travers ses déclarations, Ousmane Sonko laisse apparaître une vision où le parti exercerait une influence directe sur l’exécutif, comme si l’État devait être l’exécutant des orientations de Pastef.
Si ces divergences sont réellement celles qui ont conduit au décret mettant fin à ses fonctions, alors le Président Diomaye a le devoir de parler clairement aux Sénégalais. Il doit expliquer si le différend porte réellement sur des questions de transparence, de souveraineté ou sur des choix fondamentaux de gouvernance. Le peuple mérite la vérité.
Car il serait incohérent de renvoyer un Premier ministre pour des désaccords aussi graves et, dans le même temps, de maintenir dans le prochain gouvernement des responsables qui incarnent la même ligne politique sans changement de cap clair. Sinon, une question légitime se poserait : pourquoi ce décret ?
C’est pourquoi la formation du prochain gouvernement sera déterminante. Elle permettra de comprendre s’il s’agit d’une véritable rupture politique ou simplement d’un repositionnement stratégique. Après ce qui vient de se passer, beaucoup ne croient plus à la simple “météo politique”. Avec une majorité parlementaire disciplinée et puissante, tout devient possible.
Les Sénégalais doivent rester vigilants et ne pas se laisser distraire par les polémiques secondaires ou les faits divers. Ce qui se joue actuellement concerne l’avenir des institutions et l’équilibre de notre République.
Pour ma part, je réclame davantage de respect pour les citoyens, plus de posture républicaine et une gouvernance fondée sur les institutions plutôt que sur les rapports de force politiques. Les majorités ne sont jamais éternelles, mais la République, elle, doit demeurer.
Thierno Lo

